Arkheia, revue d'histoire

La Prison militaire de Mauzac : camps d’internements sous Vichy

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°5-6

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En Périgord, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Bergerac, Mauzac ouvre ses portes sur la vallée de la Dordogne. Autrefois, l’activité économique de la commune était tournée, d’une part, vers la rivière – avec l’extraction du sable et de la grave, mais aussi avec la pêche – et, d’autre part, vers l’agriculture. C’était un havre de paix avant que ne soit décidée, à la fin des années trente, l’implantation d’une poudrerie nationale, puis d’une prison militaire.

Nous sommes début 1939. En dépit d’un fort courant pacifiste, le gouvernement décide de lancer un vaste programme d’armement. Près de cent hectares de terres de la plaine de Mauzac sont alors réquisitionnés par le Ministère de l’Armement et confiés au Service Central des Constructions des Poudres. Un rapport classé « secret » de janvier 1940 révèle que le site doit abriter un « atelier de chargement de munitions (obus spéciaux) ». Il s’agit, vraisembla-blement, d’obus chargés en gaz de combat, à base de chlore. Un important chantier de construction se met en place, employant des centaines d’ouvriers. Les camps d’internement du Sud-Ouest fourni-ssent la main-d’œuvre, composée en majorité de Républicains ayant fui l’Espagne de Franco. Provisoirement logés dans des wagons à bestiaux stationnés non loin de la gare de Mauzac, « les Espagnols » participent à la construction de leurs futurs cantonnements. Le 3 septembre 1939, la France se déclare « en état de guerre » avec l’Allemagne. L’armistice du 22 juin 1940 porte un coup d’arrêt au projet de création d’une poudrerie à Mauzac. Que restera-t-il des travaux déjà réalisés ? A vrai dire peu de choses : quelques carcasses en béton qui enlaidissent encore le paysage, mais surtout, deux cantonnements d’une douzaine de baraquements chacun, nommés « Camp Nord » et « Camp Sud », distants de deux kilomètres environ l’un de l’autre. Le premier est situé sur la commune de Lalinde, à la sortie du village de Sauvebœuf, route du Bugue, le second, entre le canal latéral de Lalinde et la Dordogne, sur l’actuelle commune de Mauzac-et-Grand-Castang. Dès le 29 août 1940, les cantonnements de Mauzac sont pressentis par le Ministre de l’Intérieur pour l’hébergement des réfugiés évacués d’Alsace-Lorraine. Le 28 septembre, Mauzac apparaît aux côtés de Bergerac, Rocamadour, Sainte-Livrade… sur une liste de « camps d’hébergement ». Enfin, le 16 octobre 1940, par télégramme, la Direction Générale de la Sûreté Nationale demande au préfet de prendre d’extrême urgence toutes dispositions en vue de la « création immédiate d’un camp d’indésirables français près de Bergerac. (…) Nombre total d’internés à prévoir deux mille ». Par « indésirables », on entend « les individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique » (décret du 18 novembre 1939), ainsi que ceux connus pour (...)


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