Arkheia, revue d'histoire

La Prison militaire de Mauzac : camps d’internements sous Vichy

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°5-6

(...) « activité communiste, terroriste ou subversive » (décret du 26 septembre 1939). L’affaire est lancée. Le 1er novembre 1940, l’autorité militaire aménage à Sauvebœuf le « Camp Nord », qui devient un lieu d’incarcération pour détenus relevant de sa juridiction. Le « Camp Sud », quant à lui, restera pour quelques temps encore, d’octobre 1940 au 15 septembre 1942, un camp de travailleurs espagnols appartenant au 652e Groupement de Travailleurs Etrangers, mais aussi de Juifs en instance de transfert vers d’autres GTE. Par la suite, ce camp Sud, d’une capacité de 5 à 600 places, servira de « lieu d’internement administratif ». Un important détachement de Malgaches y séjournera de mars à juin 1944. Mais revenons au mois de juin 1940. Devant l’avancée des troupes allemandes sur Paris, le Gouvernement de Vichy décide l’évacuation des prisons de La Santé et du Cherche-Midi vers le Sud de la France. Le 24 juin, détenus et gardiens arrivent finalement à Gurs (Basses-Pyrénées), sinistre camp à propos duquel Aragon écrira : « Gurs, une drôle de syllabe, comme un sanglot qui ne sort pas de la gorge ». Dans son livre sur le camp de Gurs, Claude Laharie explique que pour les internés « politiques », il n’y a d’autres possibilités de départ que « libérés » ou « transférés » dans les camps de la Dordogne, « département dans lequel viennent de se replier les tribunaux de Paris. (…) Les détenus de l’îlot B sont expédiés dans le camp de Mauzac ou dans les prisons de Nontron et de Périgueux. » Concernant Mauzac, dans un courrier du 23 novembre 1940, le Préfet Maurice Labarthe indique qu’« actu-ellement ce camp détient 347 condamnés ou prévenus dont au moins 200 civils condamnés par les Tribunaux Militaires comme affectés spéciaux. » Ce sont eux, les « Parisiens » de La Santé et du Cherche-Midi, qui, après un séjour de quelques mois à Gurs, auront le triste privilège d’inaugurer la toute nouvelle « Prison Militaire de Paris repliée à Mauzac », le 7 novembre 1940. Bien que s’agissant d’une prison militaire, tous parlent de Mauzac comme d’un camp : « camp d’internement », « camp d’hébergement », voire même « camp de concentration ». Gilbert Renault, alias Colonel Rémy, donne de Mauzac la définition suivante : « Camp de concentration établi par Vichy en Dordogne. Était aux camps de déportation nazis ce que Vichy était au Reich : une singerie sans envergure dont la cruauté elle-même était empreinte de paresse ». Toujours à propos de Mauzac, en octobre 1945, le préfet de la Dordogne décrit, quant à lui, « une prison centrale organisée en pleine campagne dans les baraquements d’un ancien camp Vichyssois, ceint de barbelés et conçu sur le modèle d’un stalag ». Un rapport des Renseignements Généraux du 15 février 1943 brosse le tableau suivant : « Les baraques du camp sont construites sur assises de ciment et légèrement surélevées [planchers en (...)


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