Arkheia, revue d'histoire

La Prison militaire de Mauzac : camps d’internements sous Vichy

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°5-6

(...) bois]. Elles consti-tuent des locaux parfaitement installés, éclairés et aérés de manière satisfaisante [bâtiments préfabriqués en dur de type “Adrian”, de 60 m x 7 m, séparés en leur milieu par un espace sanitaire comprenant des lavabos avec eau courante]. Toutefois, le chauffage est restreint, chaque baraque assez vaste ne recevant que 8 kilos de bois par jour, pour l’alimentation d’un poêle unique. (…) D’autre part, une infirmerie, sommairement installée, existe au camp, ainsi qu’une étuve de désinfection. Tous les détenus sont astreints au régime suivant : Réveil à 7 heures, travail jusqu’à 10 heures 45, première soupe à 11 heures. Travail de 12 h 30 à 16 h 30. Deuxième soupe à 17 heures. Les différents travaux auxquels sont astreints les détenus consistent principalement en défri-chage et mise en culture d’une quinzaine d’hectares attribués à la Prison Militaire. Fonctionnement d’un atelier de coupe de paille pour chapeaux. »

C’est de la faim dont souffrent le plus les prisonniers, ainsi qu’en témoigne ce rapport du Commissariat des RG du 4 mars 1943 : « Tous les détenus se plaignent de l’insuffisance de la nourriture et la presque totalité porte sur leurs visages et leurs corps les stigmates de la faim : maigreur excessive, yeux enfoncés dans l’orbite, pommettes saillantes, grande pâleur du visage. Les renseignements recueillis m’ont permis d’établir la véracité de certains bruits. Il est exact que les détenus ramassent les trognons de choux, des os trouvés à terre, qu’ils font cuire pour se procurer un bouillon supplémentaire. Chaque jour des détenus viennent à la cuisine des gardiens de la paix et ramassent les épluchures de pommes de terre pour s’en confectionner des bouillies. Maintes fois des prisonniers ont été vus en train de manger des feuilles de betteraves, des trognons de choux et des raves crues. Un détenu ayant contracté une pneumonie, les recherches faites pour en trouver les causes, démontrèrent qu’il avait dissimulé pendant plusieurs heures sous sa chemise des raves gelées, qu’il avait volées dans un champ pour les manger. (…) La conséquence de cet état de choses est la suivante : à partir de leur entrée au camp, les détenus maigrissent rapidement, certains ont maigri de 25 kilos en dix mois. (…) Le cas me fut cité d’un homme de 1 m 80, qui lors de sa libération ne pesait plus que 45 kilos et se trouvait dans un tel état de faiblesse qu’il ne put monter seul dans le wagon. (…) A remarquer que la condition physique des détenus politiques est en général un peu meilleure. Ils subissent bien, en effet, le même régime débilitant que les autres détenus, mais ils reçoivent de leurs familles davantage de colis et l’entente existant entre eux, chaque colis est partagé entre camarades, ce qui leur fournit une nourriture d’appoint des plus précieuses. »

Max Moulinier, condamné en 1942 à 4 ans de (...)



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