Arkheia, revue d'histoire

La Prison militaire de Mauzac : camps d’internements sous Vichy

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°5-6

(...) prison et incarcéré à Mauzac (matricule 3553) explique : « Nous, les communistes, nous étions “en gourbi”, par réunion de dix ou un peu plus. Tous les colis qui arrivaient étaient mis en communauté. Il y avait même une balance pour peser le pain… Le responsable du gourbi faisait ça délicatement. Il avait ses dix assiettes, les dessus de gamelles, et il distribuait le colis à parts égales. » Parmi les détenus connus, écroués à la Prison Militaire de Mauzac, citons Louis de la Bardonnie, gaulliste, originaire de Saint-Antoine-de-Breuilh, en Dordogne. Il arrive à Mauzac le 31 décembre 1941 et fait le récit suivant de sa détention et de celle de ses compagnons d’infortune : « Nous souffrîmes cruellement à Mauzac. Le froid et l’humidité étaient épouvantables. (…) On nous réveillait le matin à six heures trente. Je me demande bien pour quoi faire : nous n’avions rien à manger, aucun travail ne nous attendait. L’appel se faisait dehors. Il visait les six cents prisonniers que nous étions au total, dont quarante-cinq gaullistes, cent quatre-vingts communistes, et le reste, composé de droit commun de la plus basse catégorie. Nous avions surnommé ceux-ci la Division Blindée. (…) Notre misère était grande, quoique nous recevions quelques colis, mais que dire des arsouilles de la Division Blindée ? Ils meurent littéralement de faim (j’en ai vu mourir dix-neuf en l’espace de six semaines). Ils mangent des herbes et des détritus de topinambours. J’ai vu un jour la scène suivante : deux “D.B.” arrosèrent la terre avec un peu d’eau. L’un se mit à frapper la terre avec un caillou. Au bout d’un certain temps, il fit sortir un ver de terre qu’il attrape d’un geste preste, et hop ! il l’avale. Pendant ce temps, l’autre montait la garde pour empêcher que les voisins se saisissent du ver de terre. Après quoi, son compagnon lui rendit le même service. » Interné à Mauzac dès mars 1941, Louis Odru, futur député de la Seine-Saint-Denis, porte un jugement sévère sur la détention en Périgord pendant la guerre.

« Ces prisons et ce camp [Mauzac] étaient des lieux de déshumanisation des détenus, méprisés, insultés ; le crâne tondu, le port de treillis sales et déchirés, couverts de vermine, affamés. L’emprisonnement sous Vichy a été une honteuse entreprise de dégradation physique et morale des détenus. » Et pour en finir sur ce chapitre, voici un extrait de la conférence donnée par Pierre Bloch, ex-député de l’Aisne, au Hyde Park Hotel de Londres, le 13 janvier 1943, à l’invitation de l’Alliance Française et en présence du Général de Gaulle : « Mes camarades et moi fûment transférés au camp de Mauzac, où nous jouissions d’un demi régime politique et surtout de conditions d’hygiène meilleures qu’à Périgueux [Prison Beleyme]. Par contre, le régime pour les autres détenus était très dur et les officiers de Dakar condamnés pour (...)



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