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La Résistance française : une histoire périlleuse de Laurent Douzou

Par Guillaume Gros
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Article publié dans
Critiques de livres

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Présenté comme un essai d’historiographie dans l’esprit de la collection « L’Histoire en débats », l’ouvrage de Laurent Douzou s’efforce d’analyser et de rendre intelligible une masse considérable de publications, aux statuts très différents, sur le thème de la résistance. Les situant dans les débats politiques et intellectuels depuis plus de soixante ans, l’auteur s’interroge sur la manière dont les historiens et les acteurs ont écrit « avec une double visée de transmission et d’élucidation, sur la Résistance ». Professeur à l’Institut d’Études politiques de Lyon, collaborateur au Monde des Livres, Laurent Douzou est notamment l’auteur d’une thèse sur l’histoire du mouvement et journal clandestin, Libération-Sud ( Odile Jacob, 1995 ). Pour comprendre pourquoi acteurs et témoins ont tant contribué à l’écriture de l’histoire de la Résistance après 1945, il faut remonter aux écrits de ces mêmes résistants, dès la période clandestine ( premier chapitre, « Une histoire soucieuse de son histoire ( 1940 - 1944 ) » où, conscients de la singularité de leur combat, ils le présentèrent « comme une épopée chargée d’une signification que ses instigateurs seuls pouvaient réellement décrypter ». Une représentation de la Résistance qui fonctionna comme un modèle quand « les témoins gardent la parole et prennent la plume ( 1944 - 1974 ) » ( chapitre 3 ) dans un esprit mémoriel. Des représentations culturelles qui façonnèrent l’identité des premières institutions qui, sous l’impulsion de l’État et de l’Université, encadrèrent cette histoire si fortement symbolique de la Résistance avec la création, dès le 20 octobre 1944, de la Commission d’histoire de l’Occupation et de la Libération de la France puis, l’année suivante, du Comité d’histoire de la guerre, lesquels fusionnèrent en 1951 pour donner naissance au Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire institutionnelle de ces structures chargées de collecter des témoignages et de constituer des séries d’archives est l’occasion d’une riche réflexion épistémologique – à laquelle contribua Lucien Febvre – sur ce qu’on appellera plus tard « l’histoire du temps présent ». La création, en 1980, de l’institut du même nom, qui prend la relève du Comité d’histoire de la guerre, inaugure une période marquée par de nouvelles approches conceptuelles préconisant une « perspective davantage problématique que commémorative » ( François Bédarida ). De ce point de vue, l’épisode de la table ronde d’historiens et de témoins organisée par Libération en mai 1997 au sujet de l’affaire de Caluire montre à quel point le statut des témoins a évolué depuis la guerre, n’étant plus a priori légitimes. Pour autant, Laurent Douzou hésite à conclure dans son dernier chapitre intitulé « La fin des héros ? » Cet essai a peut (...)

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  • Comité communaux de salut public Une grande admiration pour le travail de fourmis entrepris par ARKHEÏA. Retraité militaire actuellement en âge que l’on peut dire avancé,je me pose encore la question toujours sans réponse,de savoir qui, en 1944 était chargé de désigner et aussi controler les comites communaux de resistance de salut public dans le midi du pays, dont la mémoire collective n’a pas enregistré que des actions patriotiques, particulièrement durant cette période dite d’épuration pendant laquelle la vie d’un véterant de Verdun, officier legionnaire ne pesait pas plus que celle d’un animal lorsqu’il n’avait que le crime de vivre en couple avec une suisse et être l’ami du maire du village politiquement éloigné de la gauche.Le véterant a fini sa vie dans un champ de luserne,sans aucun jugement,mort déclarée par le comite du village qui avait d’office remplacé le maire officiel sans qu’il soit possible de trouver un certificat de médecin légiste pour justifier cette mort par balle.
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