Arkheia, revue d'histoire

La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français de Sylvie Lindeperg

Par Clément Puget
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Clément Puget est doctorant en histoire.

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Sylvie Lindeperg, Les Ecrans de l’ombre. La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français (1944-1969), Coll. CNRS histoire. CNRS éditions, Paris, 1997, 443 p.

Sylvie Lindeperg s’intéresse à la façon dont l’histoire de la Seconde Guerre mondiale a été convoquée, refigurée et réinventée par le cinéma français en fonction des enjeux politiques survenus depuis l’après-guerre. Dans la lignée des travaux de Jean-Pierre Bertin-Maghit – Le Cinéma français sous Vichy – auxquels elle se réfère, l’auteur se propose d’étudier les conséquences des années noires et le devenir de la Résistance sous l’angle, cher au médiéviste Georges Duby, du croisement du légendaire et de l’événement en privilégiant l’outil d’analyse historique qu’est le cinéma. Il est d’abord question de “ cristallisation du mythe ” pendant la période qui suit la Libération puis, dans un deuxième volet, des appropriations d’un passé mythifié. 1944 et 1969 constituent un choix judicieux dans la mesure où cet intervalle de 25 ans a vu s’épanouir puis disparaître progressivement une génération de cinéastes marqués au sceau de l’Occupation. 1969 constitue également une césure – exprimée par Le Chagrin et la pitié d’Ophuls, Harris et Sédouy – dans la représentation du passé à l’écran. En parcourant le premier livre, on suit l’itinéraire de cinéastes-résistants tels Jean-Paul Le Chanois, membre du réseau de défense du cinéma et partisan des coups d’éclats contre l’occupant. De leur côté, Grémillon, Becker, Daquin ou Delannoy adhèrent à la section cinéma du Front National. On découvre ainsi comment le milieu du cinéma français s’est organisé pour résister de manière plus ou moins spectaculaire. L’ouvrage de Sylvie Lindeperg a d’ailleurs le mérite de nous éclairer sur le thème que Bertrand Tavernier a privilégié dans son dernier opus, Laissez passer (2001). L’historienne agrémente son récit d’un état des lieux des recherches en histoire du cinéma, revenant sur les travaux de Jean-Pierre Jeancolas (la Résistance), Jean-Pierre Bertin-Maghit (l’Occupation) ou encore Jacques Siclier (les spectateurs dans les années noires). La première idée avancée est que la libération du cinéma français aura été un préalable à la libération du pays. La Libération de Paris, réalisé dès 1944 sous l’égide du Comité de libération du cinéma français (CLCF), symbolise le passage de témoin entre la Résistance et le régime de Vichy. Ce premier film, qui est un montage d’images d’archives provenant essentiellement des magazines d’actualités, inaugure également la phase épuratoire qui décime le cinéma français entre 1944 et 1946. Sylvie Lindeperg a d’ailleurs raison de souligner que l’Occupation a coïncidé avec un certain âge d’or du cinéma français que les forces de libération ne peuvent accepter. De plus, (...)


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