Arkheia, revue d'histoire

La franc-maçonnerie et la politique religieuse de la IIe République espagnole

Par José Antonio Ferrer Benimeli, traduction d’Elvire Diaz
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série
Auteur : est un ecclésiastique jésuite et historien, spécialiste de la franc-maçonnerie espagnole. Il est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Saragosse. Il dirige actuellement le "Centre d’études historique de la franc-maçonnerie espagnole".

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La IIe République espagnole fut précédée par la chute du dictateur Primo de Rivera, célébrée par les francs-maçons avec des expressions de joie et d’espoir. Une année plus tard, lors de la proclamation de la République, la revue La Vie maçonnique, dans son numéro d’avril 1931 accueillait le changement politique, c’est-à-dire la chute cette fois de la monarchie, en des termes où l’invocation au Grand Architecte de l’Univers est très symptomatique : « La Vie maçonnique félicite et souhaite la bienvenue au Gouvernement provisoire de la République espagnole et formule des voeux pour qu’il soit éclairé par le Grand Architecte de l’Univers pour le bien de la Liberté et de la Patrie. Les républicains espagnols peuvent lever le front et regarder le ciel... »1

Au début de 1931, les deux obédiences maçonniques majoritaires étaient le Grand Orient espagnol (fondé en 1899 par Morayta) et la Grande Loge espagnole (constituée en 1921 et qui était l’héritière de la Grande Loge symbolique catalano-baléare créée par Rosend Arús en 1887). Toutes les deux tentèrent de fusionner, mais le Grand Maître de la Grande Loge espagnole, Francisco Esteva, s’opposa fermement à l’union maçonnique, tandis qu’il voulait la constitution d’un front unique rassemblant tous les partis politiques de gauche : Action républicaine, Parti républicain radical, Parti radical socialiste, Parti socialiste ouvrier spagnol, Gauche républicaine de Catalogne, Fédération républicaine de Galice... Cette exigence du Grand Maître Esteva, qui perdait alors son influence maçonnique et n’en gagnait pas en politique, entraîna lascission d’un groupe de loges qui constituèrent une éphémère Grande Loge unie. Si l’on considère qu’il existait alors en Espagne cinq obédiences maçonniques (car il faut ajouter aux trois déjà mentionnées, la Grande Loge des Canaries et le Droit humain, très minoritaires), le nombre total de 167 loges rassemblant moins de 5 000 membres 2, n’était pas excessif. On trouve cependant un nombre important d’hommes politiques faisant partie de la maçonnerie. L’assemblée des 5 et 6 juillet 1931 convoquée par le Grand Orient espagnol élut ses Grands Dignitaires : on y trouve trois ministres, un gouverneur civil, un conseiller d’État, un maire [celui de Madrid], quatre hauts fonctionnaires et dix députés. D’autre part, dans le numéro correspondant au premier semestre de 1931 du Bulletin officiel de la Grande Loge espagnole, on pouvait lire : « Ce n’est plus un secret que la franc-maçonnerie contrôle presque la totalité du Gouvernement provisoire ainsi que les plus hauts emplois de l’Administration »3. En effet, il y avait six maçons ministres dans le gouvernement provisoire sur un total de onze, auxquels il faudrait ajouter Manuel Azaña, ministre de la Guerre, qui devait être initié quelques mois plus tard, le 2 mars 1932. Étaient aussi maçons le (...)


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