Arkheia, revue d'histoire

La journée interminable d’Aimé Rudel

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Article publié dans
Arkheia n°17-18

« Les Allemands arrivèrent, nous demandant de les suivre pour vérification des papiers d’identité, disaient - ils. Il fallut suivre ; mon jeune beau - frère Jean-Paul, âgé de 14 ans, dut venir aussi. Dans l’avenue, encadrés par les SS, les hommes étaient groupés, les plus de 60 ans furent relâchés, ainsi que les plus jeunes dont Jean-Paul. Puis ce fut, toujours sous bonne garde et au milieu de l’avenue encombrée de chars, le départ vers la manufacture, près du pont de Souillac où j’aperçus de jeunes Allemands préparant des cordes, mais je n’y attache pas d’intérêt. Ce n’est que plus tard que je saurai à quoi serviront les cordes. À la manufacture, après une vérification hâtive de nos cartes d’identité, nous étions scindés en deux groupes, l’un à gauche, l’autre à droite. Puis, dans chacun des groupes, un officier de la Gestapo en capote longue et tenue négligée, vint faire un tri. Le groupe de gauche fournit la plus grande partie, celui de droite ne fut pas oublié et chacun de nous se rappelle le jeune Allemand passant et repassant devant lui, désignant parfois un Français, pour aller grossir les rangs du groupe dont bientôt nous connaîtrions la destinée. Le tri dura longtemps. Vers midi environ, on nous fit sortir de la manufacture. Nous étions rangés par six devant l’usine dans le fond de la petite place de Souillac. Déjà, la voiture municipale annonçait avec son haut - parleur l’exécution de 120 terroristes. Quand tout le monde fut placé et encadré, le spectacle commença, celui que nous avaient réservé les nazis. Ce fut un premier groupe de dix qui sortit, encadré par de jeunes SS, mitraillette ou fusil au poing. Qu’allaient-ils en faire ? Aussitôt, tous les SS se précipitèrent pour ne rien perdre du massacre. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes que levant les yeux j’aperçus nos malheureux compagnons pendus à la corniche du magasin situé en face de nous. Il devait y en avoir quatre ou cinq et, de loin, leur visage pâle se détachait d’une façon effrayante. Puis ce fut le tour d’un autre groupe. Ceux-ci passèrent devant les cadavres de leurs camarades avant de se faire tuer. Ils furent pendus aux lampadaires du pont de Souillac. Deux perches de bois avaient été ajustées vers le milieu du pont. Six habitants de Tulle moururent aussi, dont deux qui avaient réussi à détacher leurs mains et se jetèrent à la rivière.

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