Arkheia, revue d'histoire

La laïcité face à l’Islam

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : est historien, directeur de la revue Arkheia et journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) société française, dominés économiquement, relégués en périphérie des grandes agglomérations, ils sont les premières victimes de l’échec scolaire. Si le tableau semble obscur, il faut quand même relever qu’un autre processus est en marche : le nombre de mariage mixte est en constante augmentation, le taux de fécondité diminue, l’usage du français se généralise alors que les filles bénéficiant de la scolarisation obligatoire de la République, réussissent leur scolarité, et par là parviennent à s’intégrer. Rien toutefois jusque-là qui fait de l’islam un problème irréconciliable avec le vivre ensemble à la française.

C’est une anecdotique affaire de foulard (hijab), en septembre 1989 qui va mettre le feu aux poudres. En effet trois jeunes collégiennes de Creil (Oise) se présentent dans leur établissement la tête voilée. Le principal, Ernest Chenière, leur refuse l’entrée. A partir de cet instant, l’affaire va connaître un retentissement médiatique national et donner lieu à de vives controverses autant chez les intellectuels que dans la sphère politique. Le foulard devient une question de société. Les analystes oublient trop souvent que la commune de Creil connaît un taux de chômage alarmant et un inquiétant déficit d’intégration de la popu-lation immigrée, provoquant des quartiers repliés sur eux-mêmes. Des facteurs qui peu-vent expliquer la position des parents de ces trois collégiennes. Alors que l’UOIF instrumentaliste à ses propres fins cette affaire, en obtenant du père des jeunes filles qu’elles reviennent sur leur décision d’enlever le voile à l’école et en comparant l’interdiction du foulard à l’obligation du port de l’étoile jaune pour les Juifs durant l’Occupation, c’est la réponse politique du gouvernement français qui est embarrassante. En effet si les sondages révèlent à cette époque que 70 % des français refusent le voile à l’école, les immigrés compris, le ministre de l’Education nationale, Lionel Jospin se prononce contre l’exclusion des trois élèves. Au lieu de faire appliquer la loi, très claire sur le sujet, il choisit de consulter le Conseil d’Etat pour demander s’il y a compatibilité entre la manifestation de son appartenance religieuse et la laïcité au sein du service public de l’Education nationale. Le Conseil d’Etat ne donnera pas d’avis tranché, prétextant qu’il ne peut donner plus de poids à l’un des deux principes constitutionnels que sont la neutralité de l’Etat d’un côté et la liberté individuelle de conscience et de croyance de l’autre.

Ainsi abandonnés par le politique, les chefs d’établissements se retrouvent seuls à devoir négocier avec les filles voilées et leurs parents. Avec pour préconisation du ministre de l’Education nationale de dialoguer pour que les élèves enlèvent leur couvre-chef religieux et régler les problèmes au (...)



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