Arkheia, revue d'histoire

La laïcité face à l’Islam

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : est historien, directeur de la revue Arkheia et journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) revenons au concept de laïcité positive soutenue par Nicolas Sarkozy. Réagissant au discours du président de la République, la philosophe Catherine Kintzler ne cache pas sa stupéfaction : « Je suis atterrée par le discours de Nicolas Sarkozy car par laïcité, c’est dire qu’il n’est pas nécessaire de croire en quoi que ce soit pour fonder le lien politique. La « laïcité positive », on a l’impression que c’est la même chose que la laïcité, mais en mieux. Alors qu’en réalité, cette expression vide le concept de laïcité de son sens, puisque la définition de la laïcité est forcément négative et minimaliste. » Et de poursuivre son propos : « L’idée que, sans croyances, il n’y a pas d’association politique. L’idée que la religiosité est diffuse et présente dans le lien politique. En gros, cela signifie : « croyez en ce que vous voulez, mais croyez en quelque chose ». Alors que la société politique laïque repose, justement, sur la forme de la non-croyance ! On se constitue comme citoyen indé-pendamment de ce qu’on est préalablement, aux plans religieux ou culturel. La société politique ne peut garantir la liberté d’expression que si elle est aveugle sur les croyances des citoyens et si elle s’abstient de se prononcer sur ce sujet. C’est ce que garantit d’ail-leurs la loi de 1905. » Dernière loi que Nicolas Sarkozy avait bien dans l’idée de toiletter si les associations laïques n’en avaient contesté le fondement. Et Catherine Kintzler de conclure : « L’expression « laïcité positive » n’est pas sans rappeler celle de « discrimination positive ». Aujourd’hui, en France, les croyants fondent des associations, reconnues juridiquement, au travers desquelles ils s’expriment dans le débat public. C’est absolument leur droit. Mais il ne faut pas que des représentants religieux soient reconnus par la puis-sance publique comme des interlocuteurs politiques. Ce serait légitimer des corps intermédiaires et leurs "chefs" censés se prononcer pour une "communauté". Comme vous vous en serez rendu compte, le concept de la laïcité est loin d’être figé, il aurait pu être développé sur bien d’autres aspects.

Je conclurai donc par la formule de Jean Baubérot qui définit ainsi la laïcité contemporaine sous trois aspects : l’État est sécularisé, la liberté de croyance et de culte est garantie, et les croyances sont égales entre elles. Il remarque cependant que chacun insiste davantage sur l’un ou sur l’autre de ces trois aspects : le laïciste sur la sécularisation, le croyant, sur la liberté de conscience, et enfin celui qui adhère à des croyances minoritaires sur l’égalité entre toutes les croyances. (référence : Laïcité 1905-2005, entre passion et raison, Le Seuil, 2004.)

NOTES

- 1. L’universalisme républicain est un des principes corollaires de l’idéologie républicaine française selon lequel la République est une valeur universelle puisqu’elle (...)



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