Arkheia, revue d'histoire

La légende du bromure durant la Drôle de guerre

Par Bernard H. Lefèvre
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Mémorialiste, auteur de Noir Périgord, Société des Écrivains, Paris, 2001. Cf. Jacky Tronel, « Polémique autour de Noir Périgord », Arkheia , revue d’histoire, n°7-8-9, 2002.

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Mobilisé sur le front, Albert Lefèvre participe à la rédaction des journaux régimentaires. Destinée à maintenir le moral des troupes, cette presse se fait l’écho de l’utilisation du bromure. Une substance qui permettrait de réduire la virilité des permissionnaires.

Devant l’inéluctabilité de la guerre, dès la fin août 1939, la France mobilise ses armées. En septembre, près de 800000 hommes des classes mobilisables rejoignent leurs casernements et cantonnements. Ils y retrouvent des réservistes et des engagés qui ont déjà servi durant la Grande Guerre, certains d’entre eux repartant au front avec des jeunes de la génération de leurs enfants. Incorporer une telle quantité d’hommes sous les drapeaux n’est pas sans conséquence dommageable pour le moral de la nation en général et pour celui des familles en particulier. Devant les menaces et dans un certain climat délétère, chacun tente de masquer ses angoisses à travers le je-m’en-foutisme, le scepticisme, l’ironie, la dérision et même l’humour, cette « coquetterie du désespoir ». Albert Lefèvre, affecté au secrétariat du colonel Pinaud, commandant de bataillon au 147e régiment d’infanterie de forteresse stationné à Sedan est l’un d’entre eux. Des hauteurs qui surplombent la ville, il assistera à l’arrivée des Allemands qui franchiront la Meuse sans encombre : en avril 1940, on avait déterré les mines pour les repeindre ! Avec son ami et complice, le lieutenant Declef (pharmacien dans le civil), et de plusieurs autres conscrits, il anime le comité de rédaction de deux petits journaux régimentaires dans lesquels il signe ses articles d’un nom de plume qui annonce la couleur, « Jean Ry ». Ces publications destinées à maintenir le moral de la troupe ont l’accord de la hiérarchie militaire. Des archives de guerre du soldat de première classe Albert Lefèvre, mon père, démobilisé à Lalinde (Dordogne), j’ai puisé l’essentiel du contenu de cet article et notamment de deux journaux du front, dont la publication cessera, bien sûr, avec l’offensive de Guderian, en mai 1940. Que contenaient ces journaux de régiment ? Essentiellement des anecdotes, des articles humoristiques, des appels au patriotisme, des potins de quartier, des poèmes mélancoliques et beaucoup de rubriques dignes de L’Almanach Vermot. De quoi distraire ces hommes qui, depuis septembre 1939, tournaient en rond…

La légende du bromure

Parmi l’ennui et les bobards, les « insectes nuisibles : le bourdon et le cafard », les grands sujets de conversation des militaires et des civils, friands de plaisanteries salces, et même chez les femmes au foyer, c’est le sujet du bromure qui domine. La rumeur court, avec persistance, que l’intendance met dans le vin de la troupe un bromure qui aurait sur la virilité des permissionnaires des effets démobilisateurs. Henri Amouroux fournit à ce propos quelques éléments (...)


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Réagir à cet article 1 Message
  • La légende du bromure durant la Drôle de guerre
    28 avril 2011 15:33, par Morice
    Arrivé à Hyères le palmiers le 2 novembre 1965 pour y faire mon service militaire au 405 RAA je vous assure qu’il y avait du bromure, non seulement dans les plats sortants de la cuisine mais aussi dans le vin !!! Avec les copains on se demandait ce qui nous arrivait, on avait tous un tout petit zizi !
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