Arkheia, revue d'histoire

La légende du bromure durant la Drôle de guerre

Par Bernard H. Lefèvre
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Mémorialiste, auteur de Noir Périgord, Société des Écrivains, Paris, 2001. Cf. Jacky Tronel, « Polémique autour de Noir Périgord », Arkheia , revue d’histoire, n°7-8-9, 2002.

(...) d’information dans son ouvrage Le Peuple du Désastre. Il est en effet revenu au député de l’Hérault, Édouard Barthe, questeur de la gauche et représentant du lobby pinardier d’avoir publiquement abordé le sujet. Soucieux de l’intérêt de ses électeurs et du bon moral des armées, Barthe mène campagne en faveur du vin et propose d’augmenter les rations des soldats (1 litre au lieu de 50 cl par jour). Barthe dénonce la lenteur de l’acheminement des wagons-citernes de vin, sa mauvaise qualité, et il s’attaque vigoureusement aux rumeurs concernant la présence de bromure dans le vin. « Le bruit, déclare ce parlementaire, a pris naissance dans une popote. Simple plaisanterie ! Il s’est trouvé renforcé par la nouvelle que le vin destiné à cette popote était analysé par un pharmacien dépourvu d’occupation et à qui on avait persuadé [sic] que l’intendance avait ajouté ce calmant. Aujourd’hui, la plupart de nos soldats croient que du bromure est réellement ajouté à leur vin, afin de leur faire supporter leur solitude momentanée. Messieurs, permettez à un pharmacien de vous dire qu’on n’eût jamais disposé de bromure en quantité suffisante pour en mettre dans le vin destiné à nos armées, l’opération eût coûté à l’intendance un prix trop élevé ! ». Cela ne suffira pas à tordre le cou à un bobard qui aura la vie dure – on en reparlera encore en Algérie ! La rumeur du bromure est colportée par les communistes, les pacifistes et peut-être par la fameuse Cinquième colonne allemande, supposée omniprésente, et contre laquelle on agit en prétendant que les murs ont des oreilles. Le Deuxième Bureau s’en fait l’écho : « À Hirson, dans le nord du département de l’Aisne, on rapporte que six femmes de réservistes qui avaient pu aller rejoindre leur mari et passer la nuit avec eux étaient reparties sans que leur conjoint ait été en mesure de remplir ses devoirs conjugaux et l’avaient abondamment fait savoir. » Quant au Petit Parisien, le plus gros tirage de l’époque, il publie dans son édition du lundi 1er janvier 1940, dans sa rubrique humoristique, le petit encadré reproduit ci-contre… L’affaire du bromure constitua du pain béni pour les chansonniers – qui parlaient de « produit de contrebande » –, pour les rédacteurs des journaux du front et d’ailleurs… Les quelques articles reproduits prouvent amplement l’actualité du sujet. Hélas, derrière l’humour c’est l’inquiétude qui tenaille les soldats restés l’arme au pied, d’août 1939 à mai 1940. Pour exorciser la catastrophe, tout le monde chantait : Tout va très bien, Madame la Marquise de Ray Ventura. De ces extraits de presse aux armées, il ressort toutefois que la France cultivait déjà un moral de vaincue. Était-elle déjà prête à suivre l’homme providentiel qui lui apporterait la paix, fusse au prix de la pire des humiliations ? Épisode peu glorieux de notre Histoire (...)

Réagir à cet article 1 Message
  • La légende du bromure durant la Drôle de guerre
    28 avril 2011 15:33, par Morice
    Arrivé à Hyères le palmiers le 2 novembre 1965 pour y faire mon service militaire au 405 RAA je vous assure qu’il y avait du bromure, non seulement dans les plats sortants de la cuisine mais aussi dans le vin !!! Avec les copains on se demandait ce qui nous arrivait, on avait tous un tout petit zizi !
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