Arkheia, revue d'histoire

La mémoire des crues de la Dordogne

Par Michel A. Rateau
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Article publié dans
Arkheia n°21
Auteur : Michel A. Rateau est historien, onomasticien. Auteur d’ "Une histoire sociale des inondations des rivières du bassin de la Dordogne."

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Comme toutes les catastrophes naturelles, les crues de la Dordogne ont marqué la vie des hommes. Pour ne pas les oublier, ceux-ci en ont inscrit les traces et les repères, recourant pour cela aux divers modes de représentations graphiques qui s’offraient à eux.

Les cartes postales, les épigraphes sur la pierre des constructions inondées furent tout à la fois des vecteurs et des lieux de mémoire. Aujourd’hui, cette mémoire retrouvée contribue à la prévention des crues. En Périgord, dès le XV e siècle, comme en témoignent les registres des « Jurades de Bergerac », les magistrats de cette ville ont gardé la trace des colères successives du fleuve de Dourdaygne et de ses excès. Au XVIe siècle, Michel Eyquem (1533 - 1592 ), seigneur de Montaigne, grand témoin de son temps, rappelle les débordements dévastateurs de cette rivière. Et il en va ainsi jusqu’à la Révolution de la chronique de ces débords fluviaux comme par exemple ceux de mars 1728 et de mars 1783, qui marquèrent les mémoires. Aux XIXe et XXe siècles, la professionnalisation de nouveaux acteurs (Ponts et Chaussées, directions départementales de l’Equipement avec leurs services d’annonces des crues, communes…), de même que la création d’organismes spécialisés comme l’Établissement public interdépartemental Dordogne ( EPIDOR ) basé à Castelnaud - la -Chapelle, accélèrent les processus d’enregistrement du phénomène. Les progrès des usages de la photographie se manifestent à travers une pléthore de cartes postales consacrées aux crues. La plus grande diffusion de la presse écrite et les premiers reportages radiophoniques en rendent encore mieux compte. Bientôt viendra le cinéma, la télévision et, plus tard encore, des réseaux numériques de surveillance ...

Les cartes postales

En 1995, le conservateur de l’ancien Musée de la carte postale de Saint-Pardoux-la-Rivière, Henri Brives, publie une plaquette de vingt cartes sur les inondations en Dordogne. De notre côté, nous avons recensé trente - cinq témoignages photographiques uniques pour ce même département. Un tel résultat n’est pas le fruit du hasard : dans cette partie du bassin versant, une douzaine d’affluents alimentent la Dordogne et plus de 120 communes sont classées à « risque inondation ». Ces documents permettent d’observer un décalage important entre le contenu de la légende proposée – désignant une crue ou une inondation – et la réalité représentée. Plus de la moitié des clichés montrent des vues générales, la plupart d’entre elles prises au cours de la décrue. Six cartes concernent le tronçon de la Dordogne compris entre le Lot et la Gironde : l’une d’elles, non datée, met en scène Les environs de Bergerac, en précisant qu’elle représente L’Inondation après l’Incendie. Il s’agit de l’unique cas de figure où un photographe associe deux catastrophes, (...)


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