Arkheia, revue d'histoire

La politique de la France face à la République espagnole (1931-1939)

Par Jean-François Berdah
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-François Berdah est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail.

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"Ce n’était un secret pour personne que le gouvernement français était divisé sur le problème espagnol. Contrairement à ce que l’on pouvait supposer dans mon pays, la division ne coïncidait pas avec la couleur politique des membres du Cabinet. Des hommes qui, par leurs idées politiques, ne pouvaient sympathiser avec le sens que l’on voulait attribuer, à tort, à la République espagnole, plaçaient au-dessus de toute considération ce que représentait la frontière des Pyrénées pour l’intérêt national français. [ … ] Il y avait par-dessus tout une contrainte vitale pour la sécurité française, ne pas prendre de distances vis-à-vis de l’Angleterre. Voilà pourquoi, alors que la France était le pays le plus directement touché par la question espagnole, les remèdes proposés et les résultats auxquels on aboutit, plus que français, étaient britanniques (Manuel Azaña, Les Causes de la guerre d’Espagne). » Lorsque Manuel Azaña, réfugié en France, tente d’expliquer pour lui-même et pour le peuple espagnol en déroute quelles ont été selon lui les causes de la guerre d’Espagne, la référence à la France apparaît comme une mention obligée. Non seulement, comme il l’indique, parce que la France est de toutes les grandes puissances européennes celle qui était la plus concernée par le conflit, mais aussi parce que des liens particuliers, personnels et sensibles, unissent l’ex-président de la République espagnole à ce grand pays voisin, qui a tellement marqué son existence même, sa façon de sentir les choses et de faire de la politique. Paradoxalement, sa critique de la France apparaît bien légère, la faute essentielle de la non-intervention étant reportée sur les Britanniques qui, dans le fond, ne cessèrent jamais d’exercer une neutralité bienveillante à l’égard des rebelles durant la guerre civile, par crainte des événements révolutionnaires dans la Péninsule et en raison surtout des préjugés accumulés depuis toujours à l’égard des Espagnols - peuple ô combien indiscipliné ! - et plus récemment encore depuis l’avènement de la jeune démocratie républicaine. Le fait est, comme le dit François Bédarida, que la France subissait l’influence de la gouvernante anglaise et que le Front populaire était bien plus divisé qu’ on ne le croyait en Espagne, à l’instar des radicaux qui tantôt dénonçaient le caractère aventureux de Léon Blum, comme ce fut le cas d’Yvon Delbos, le ministre des Affaires étrangères, tantôt jouaient un rôle actif en faveur de l’Espagne républicaine, à l’exemple de Pierre Cot, le nouveau ministre de l’Air. Pour autant, la désillusion de Manuel Azaña est bien réelle vis-à-vis de cette république - soeur qui a accueilli avec sympathie et reconnu plus vite que d’autres le nouveau régime né des élections municipales du mois d’avril 1931. Que le Royaume-Uni monarchiste et conservateur ait manifesté (...)

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