Arkheia, revue d'histoire

La politique de la France face à la République espagnole (1931-1939)

Par Jean-François Berdah
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-François Berdah est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail.

(...) méfiance et réserve à l’ égard de la Seconde République ne pouvait guère surprendre, ce d’autant moins que des liens dynastiques unissaient la famille royale d’Angleterre aux Bourbons d’Espagne par le biais de Victoria-Eugenia, l’épouse d’Alphonse XIII, petite-fille de la reine Victoria. Mais il en allait autrement de la France qui avait toujours inspiré la pensée des républicains espagnols depuis le XIXe siècle. Pour comprendre cette désillusion, il convient ainsi de revenir en arrière, de marcher sur les pas de Manuel Azaña et de montrer en quoi l’influence de la France a été déterminante dans la vision qu’il se faisait de la politique extérieure et des relations internationales. Comme beaucoup d’hommes de sa génération, Manuel Azaña n’avait eu adolescent qu’une vision très fragmentée et partielle du monde dans l’atmosphère de religiosité et de conservatisme moral prodigué par les jésuites et les augustins. Le choc fut d’autant plus rude au moment de se confronter à la vie lorsque les formules et les leçons apprises par coeur démontrèrent leur inutilité face aux événements nouveaux et inconnus qui surgirent brusquement dans leur existence. Qu’il s’agisse d’Azaña, d’Antonio Machado, de Pérez de Ayala ou de Julián Besteiro, la crise personnelle qui en résulta fut le point de départ d’une renaissance individuelle, grâce notamment à l’Institución Libre de Enseñanza. En dépit des difficultés matérielles consécutives à la ruine familiale, Manuel Azaña finit par se convaincre, comme d’autres de ses condisciples, par exemple Pablo de Azcárate et Luis Jiménez de Asúa, que la seule occasion d’échapper à un destin étriqué - la réussite au concours de la Direction Générale de l’Enregistrement et du Notariat en 1909 n’offrait aucune perspective exaltante - et de trouver un sens à la vie était d’ obtenir une bourse d’ études de la Junta par Ampliación de Estudios et de partir à la découverte de l’Europe. Comme beaucoup de jeunes boursiers, Azaña choisit de se rendre à Paris en 1911 dans le but de compléter ses études de droit civil. Son choix est sans doute motivé par l ’attachement qui est le sien pour la culture française et plus encore pour le modèle politique de la Troisième république, une république incarnée en ces années d’avant-guerre par le parti radical que préside Émile Combes, l’artisan de la séparation des Églises et de l’État en décembre 1905. Bien que ne partageant pas son anticléricalisme militant, Manuel Azaña est sensible à l’élan progressiste de la République française, à sa volonté de transformer et de réformer la société dans le sens voulu par les Lumières depuis le XVIIIe siècle. Il passe le plus clair de son temps à lire à la bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon, à assister à des conférences à la Sorbonne ou au Collège de France, à visiter les (...)


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
soutenez la revue Arkheia
L’association Arkheia regroupe un collectif totalement bénévoles qui oeuvre depuis maintenant 10 ans pour collecter des archives, recueillir des témoignages de témoin clé comme d’anonyme pour mettre à jour notre histoire locale, notre patrimoine commun régional. Ce n’est que par la contribution de nos lecteurs et plus particulièrement par leur abonnement que ces recherches et surtout la publication de la revue Arkheia est rendue possible. Alors offrez Arkheia à ceux que vous aimez ! Un ouvrage offert pour chaque abonnement de soutien.
Claude Singer, Le Juif Süss et la (...) Le livre de Claude Singer Le Juif Süss et la propagande nazie est l’histoire du film Le Juif Süss réalisé par Veit Harlan, et sorti sur les écrans allemands à la fin de l’année 1940. Ce film, au service (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia