Arkheia, revue d'histoire

La politique de la France face à la République espagnole (1931-1939)

Par Jean-François Berdah
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-François Berdah est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail.

(...) musées, à se promener sur les boulevards, mais il commence aussi à écrire des articles politiques pour La Correspondencia de España, journal libéral indépendant créé en 1848, signe que l’action politique est en train de le gagner petit à petit. Déjà lors de la conférence qu’il prononce à la Casa del Pueblo de Alcalá de Henares, le 4 février 1911, avant son départ pour la France, insistait-il sur le rôle de sa génération, une génération « qui est en train d’accéder à la vie publique, qui a vu les maux de la patrie et qui a ressenti à les voir trop de honte et d’indignation, parce que les malheurs de l’Espagne sont pour nous, qui avons honte d’ eux, bien plus qu’à déplorer ou exécrer, comme une dégradation qui n ’admet aucune excuse ». Et d’ajouter, comme un programme politique à mettre en oeuvre dans un futur indistinct : « Sur le plan politique, nous avons besoin, comme condition indispensable, de la révision de toutes les institutions démocratiques au nom de leur principe originel, afin de les laver, de les purifier de toutes les fausses valeurs qui se sont créées sur elles ou à leurs dépens […] Nous avons dit démocratie ? Alors, démocratie. Nous ne tomberons pas dans la ridicule appréhension d’en avoir peur : restaurons-la, ou mieux encore, implantons-la, en arrachant de ses formes essentielles toutes les excroissances qui la défigurent. Ne détestez pas et ne vous écartez pas de la politique, parce que sans elle nous ne nous sauverons pas. Si la politique est l’art de gouverner un peuple, faisons tous de la politique et plus nous serons nombreux, mieux ce sera, parce que seulement de cette façon nous pourrons nous gouverner nous-mêmes et empêcher que d’autres nous gouvernent ». Par la suite, le contact avec la France lors de ses différents séjours va jouer un rôle essentiel dans la prise de conscience de l’abysse immense qui sépare l’Espagne de l’Europe moderne. Le 28 mars 1911, il écrit dans son journal : « Cet après-midi à la bibliothèque : La décadence scientifique dans laquelle se trouve l’Espagne au XVIIIe siècle… À propos des études istoriques. Cette idée m’a rongé tout l’après-midi et toute la nuit. Comme s’il s’agissait d’une découverte ! Mais je parle mal, parce que loin de s’habituer à ces malheurs, on mesure chaque jour un peu plus la magnitude du dommage et on évalue la difficulté croissante du remède. Et ces intellectuels si… typiques [c astizos] ! Névralgie ». Pour lui, la France est bien le moteur universel du progrès, de la modernisation, tout autant que la terre des droits de l’Homme et des valeurs universelles symbolisées par le triptyque républicain : Liberté, Égalité, Fraternité. C’ est de cette Troisième République triomphante qu’il convient de s’inspirer, tant pour l’ organisation des pouvoirs que pour l’ orientation morale future de l’Espagne. Cela vaut aussi pour l’un des (...)


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