Arkheia, revue d'histoire

La politique de la France face à la République espagnole (1931-1939)

Par Jean-François Berdah
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-François Berdah est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail.

(...) problèmes les plus importants auxquels Manuel Azaña sera confronté lorsqu’il accèdera au pouvoir en 1931, celui de l’armée. Ainsi accorde-t-il beaucoup d’attention aux idées de Jean Jaurès, notamment en ce 10 janvier 1912 au soir lorsqu’il assiste à une conférence intitulée La défense de l’armée nouvelle qui illustre la publication de son ouvrage essentiel L’armée nouvelle publié un an plus tôt.

Critique à l’égard des milices défensives proposées par Jean Jaurès, qui ne sauraient remplacer les armées de métier, il témoigne déjà dans ses notes personnelles d’un réalisme politique et militaire qui préfigure l’action qui sera la sienne à la tête du gouvernement : « Tant qu’existe le risque de guerre, je crois qu’un instrument le plus efficace et le plus rapide possible à des fins de destruction est inévitable, et que si l’on venait à supprimer les armées actuelles pour les remplacer par des milices défensives, l’armée professionnelle et spéciale renaîtrait aussitôt que commencerait la guerre, aussi défensive soit-elle. […] Nous dirons un jour, comme on ne peut pas supprimer les cuirassés, fabriquons-les en carton ! ». Le retour en Espagne en 1912 produit sur lui une impression plutôt négative : « Que l’Espagne me parut triste et désolée au moment de quitter les provinces basques ! Que le train est lent ! Les champs dénudés et déserts. Que tout semble rude ! [ … ] Madrid me parut désolée. Cet effet est inévitable ». Il est vrai que la vie politique sous la Restauration, avec ses affrontements stériles, n’incite guère à l’ optimisme, hormis le républicanisme gouvernemental proposé par Melquíades Álvarez, auquel il se rallie dès 1913, et l’Ateneo de Madrid dont il devient premier secrétaire la même année. Dans la foulée, il forme avec José Ortega y Gasset la Liga de Educación Política qui incorpore nombre d’intellectuels proches du réformisme libéral. Pourtant, c’est en tant que candidat indépendant qu’il se présente aux élections législatives à Alcalá de Henares avant de se retirer face à « un rival qui tenait l’élection pour gagnée avant que celle-ci eût lieu ». En réalité, l’acceptation de la monarchie par Melquíades Álvarez et la majorité des réformistes entraîne un rapprochement entre libéraux et démocrates au début de l’année 1914 qui n’augure guère de la rénovation politique si ardemment souhaitée par Azaña. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale, quelques mois après la victoire des conservateurs aux Cortes, devait toutefois imprimer des changements significatifs au sein du courant réformiste, en particulier chez Manuel Azaña qui manifeste un dégoût croissant envers les manoeuvres et autres calculs politiques, et se prononce contre la neutralité. L’Ateneo devient alors non seulement « le premier théâtre qui configure son langage politique », le lieu où il apprend (...)



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