Arkheia, revue d'histoire

La politique de la France face à la République espagnole (1931-1939)

Par Jean-François Berdah
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-François Berdah est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail.

(...) effet, d’une défaite de la France et de l’Angleterre ? Peut - on réellement croire, comme le pensent certains, par naïveté ou aveuglement, que la victoire de la Triple Alliance amènera la résurrection de la grandeur espagnole ? Comme l’écrit Luis Anton de Olmet, un autre aliadophile : « Ne pas détester la France en raison du préjugé selon lequel elle nous a fait du mal [ … ] Si nous avons chuté, qui en est responsable sinon nous - mêmes annihilés par l’absolutisme et le despotisme séculaires ? ».

La Grande Guerre mondiale laisse de toute évidence des traces profondes dans l’opinion publique espagnole et dans les esprits. Comme l’ écrira Manuel Azaña, « la neutralité sera vécue par la plupart des intellectuels comme une honte, une hypocrisie et même un véritable malheur ; en tout cas, comme une preuve du retard et de l’infériorité de l’Espagne, car en choisissant l’isolement celle-ci renonçait, à leurs yeux, à participer au grand débat idéologique qui secouait le monde ». Désormais, il ne peut plus être question de réformisme mou et c’ est tout naturellement que nombre d’intellectuels comme Manuel Azaña rallient le camp républicain, par le biais de la revue España, en donnant naissance à une nouvelle formation politique, l’Unión Democrática Española, destinée, entre autres choses, à soutenir l’initiative de la Société des Nations. Le nom complet de ce parti était Unión Democrática Española para la Liga de la Sociedad de Naciones Libres. Créée par de grands noms de la vie intellectuelle et politique - parmi lesquels Simarro, Cossío, Marañon, Zulueta, Pérez de Ayala, Araquistain - l’Unión Democrática Española était un parti sans avenir en dépit d’un programme ambitieux : « La première raison pour constituer en Espagne une section de la Ligue de la Société des Nations [ … ] est la nécessité qu’un pont soit tendu au - dessus de l’Espagne léthargique et rétrograde en faveur de l’Espagne assoiffée de vie universelle qui rende le contact possible avec les grandes valeurs humaines. […] Nous affirmons que pour que l’Espagne puisse faire partie de la Société des nations, celle - ci doit se démocratiser et tout pouvoir arbitraire doit disparaître du gouvernement de l’État espagnol ». Néanmoins, l’échec de l’Unión entraîne amertume et déception chez Azaña qui démissionne du secrétariat de l’Ateneo et rejoint une fois encore la France comme correspondant des quotidiens El Figaro et El Imparcial. Il se passionne à nouveau pour les questions militaires lors de ses visites sur le front et y rassemble la documentation qui lui servira plus tard à rédiger ses Études de politique française, une étude très minutieuse et approfondie de l’armée française publiée en 1919 qui servira de modèle à l’Espagne démocratique en 1931 - 1933. Pour autant, sa rupture avec le réformisme ne se produit qu’ en 1923, à l’o (...)



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