Arkheia, revue d'histoire

La prison politique sous Vichy de Corinne Jaladieu

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Critiques de livres

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Corinne Jaladieu a récemment soutenu une thèse sur les prisons centrales sous le régime de Vichy. Cet ouvrage en est le fruit. L’approche choisie par l’auteur pour aborder la question de la prison politique sous Vichy est de nature monographique. La démarche est comparative : deux prisons centrales sont étudiées, l’une pour hommes, située en zone dite libre jusqu’au 11 novembre 1942, à Eysses (Villeneuve-sur-Lot, Lot-et-Garonne), l’autre pour femmes, située en zone occupée, à Rennes. Trois axes de recherche ont été privilégiés.

Le premier, qui touche à l’organisation même de la prison politique sous Vichy, pose la double question de l’ingérence allemande et de la politique collaborationniste française. Le deuxième axe s’attache aux peines et s’intéresse aux prisonniers politiques qui les subissent. Le troisième se penche sur la vie carcérale, d’un point de vue sociologique, politique et culturel. L’historienne démontre que l’organisation des « prisons politiques » est largement influencée par la préoccupation d’un régime qui n’a de cesse d’affirmer sa souveraineté. Cette obsession le conduit à une surenchère dans la répression qui fait le jeu des autorités d’occupation. Face aux ingérences allemandes, l’État français fait le choix de la collaboration, systématisant l’application des lois répressives mises en place par la IIIe République, tout en en créant de nouvelles visant les communistes, les gaullistes et les pacifistes. Cette inflation des délits politiques, lourdement sanctionnés par la justice de Vichy, se traduit par une inflation carcérale. « La France ne s’écroule pas, elle s’écroue. L’État français n’aura bientôt pas assez de prisons ni de policiers pour contenir ses victimes », s’exclame l’ancien ministre de la Justice, Anatole de Monzie. Le nombre des détenus dans les prisons françaises passe en effet de 18 000 en septembre 1939 à 55 000 en décembre 1943. Il en résulte une logique d’exclusion, accentuée par la mise en place des juridictions d’exception. Corinne Jaladieu en compte jusqu’à dix, dont neuf ont des compétences en matière politique.

L’arbitraire l’emporte sur la légalité quand l’administration de Vichy, s’appuyant sur le décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique, met en place, de façon quasi-systématique, l’internement post-pénal. Cet internement administratif conduit au maintien en détention du prisonnier politique à l’issue de la peine - car considéré comme plus dangereux pour la société que le criminel de droit commun - ou au transfert vers un centre de séjour surveillé. Parmi les plus connus, citons Aincourt (Seine-et-Oise), Châteaubriant (Loire-Inférieure), Fort-Barraux (Isère), Nexon (Haute- Vienne), Rouillé (Vienne), Saint- Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne), (...)


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