Arkheia, revue d'histoire

La prison politique sous Vichy de Corinne Jaladieu

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Critiques de livres

(...) Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), Voves (Eure-et-Loir). Ces camps servent de viviers aux Allemands qui y puisent sans vergogne, déportant en masse les détenus politiques qui s’y trouvent. Alors qu’en zone nord, la libération des condamnés communistes et terroristes dont la peine arrive à expiration est soumise à une double autorisation (franco-allemande), en zone sud, le préfet est seul souverain. L’immixtion du Reich allemand dans les affaires judiciaires et pénitentiaires françaises est totale. Les accords conclus le 29 juillet 1942 entre le secrétaire général de la police française René Bousquet et Karl Oberg, chef supérieur des SS et de la police en France depuis mai 1942, institutionnalisent une coopération entre services de police français et allemand. Néanmoins, contrairement à une idée reçue entretenue par les milieux résistants, l’inflation carcérale en secteur français est principalement liée à l’emprisonnement de prisonniers de droit commun. En décembre 1943, la proportion des politiques incarcérés dans les prisons administrées par les autorités françaises ne représente que 9 % du nombre total des détenus. Il convient toutefois de relativiser ces chiffres en précisant que l’internement côté allemand a été environ quatre fois plus important à l’encontre des politiques qu’il ne l’a été côté français. Le mythe fondateur de l’amendement du prisonnier, initié par les philanthropes, est oublié. C’est l’échec de l’utopie cellulaire issue des Lumières. La question n’est plus de surveiller et d’amender mais de « surveiller et punir », dixit Michel Foucault… ou, plus précisément, de surveiller et exclure. La prison se focalise désormais sur sa seule mission de garde et pratique la logique de l’enfermement, qu’elle justifie par la période du « temps de guerre ». Si 1941 et 1942 constituent les deux années les plus critiques pour ce qui est des conditions de vie et de mort dans les prisons françaises, l’année 1943 marque un tournant avec la tentative de reprise en main de l’État français qui décide, le 15 septembre, du rattachement au Secrétariat d’État à l’Intérieur de l’Administration pénitentiaire et des services de l’éducation surveillée. Cette mesure intervient en réponse aux évasions de plus en plus fréquentes qui se produisent dans les prisons départementales. Il s’ensuit un durcissement du régime politique qui, pour la première fois dans l’histoire pénitentiaire, devient plus sévère que celui de droit commun. La situation se dégrade davantage encore après l’échec de la tentative d’évasion collective d’Eysses du 19 février 1944, entraînant ce que l’auteur nomme la « miliciarisation  » du régime et en particulier de l’administration pénitentiaire, avec, pour conséquence, la livraison des politiques aux Nazis… André (...)


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