Arkheia, revue d'histoire

La prison politique sous Vichy de Corinne Jaladieu

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Critiques de livres
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(...) Baillet, directeur milicien de l’administration pénitentiaire, prie les préfets de livrer aux Allemands les condamnés pour activité communiste, terroriste et anarchiste. Au total, les prisons françaises fournissent aux nazis, entre mars et juillet 1944, 2 445 condamnés et 1 598 prévenus politiques, soit 4 043 prisonniers. Ceux-ci s’ajoutent aux milliers de prisonniers politiques passés antérieurement dans le circuit allemand (prisons et camps d’internement) et déportés depuis 1942. Les camps de Compiègne et Romainville sont les principales antichambres de la déportation des politiques partis de France au printemps 1944. La prison devient un outil privilégié d’ordre moral et politique, révélateur de la volonté d’ostracisme du régime. « L’État français assigne à l’enfermement un rôle d’exclusion, au sens donné à ce terme par les historiens de la prison, à savoir une mise au ban de la société », conclut Corinne Jaladieu. La prison politique sous Vichy a été étudiée par l’historienne principalement sous l’angle des maisons centrales. Seul regret, l’auteur ne dit pas un mot des prisons militaires qui, pourtant, représentaient elles aussi une part non négligeable du parc pénitentiaire français. Au 1er décembre 1940, la population pénale écrouée dans les douze prisons militaires de la métropole s’élevait à 2 336 prisonniers, dont 1 341 prévenus en attente de comparution devant un tribunal militaire. À la même date, en Afrique du Nord, l’emprisonnement concernait 2 404 détenus, dont 1 124 prévenus et parmi eux, une majorité de politiques. Au 1er octobre 1943, les prisonniers détenus dans les prisons militaires de la métropole sont encore 925, répartis dans sept prisons qui sont, par ordre d’importance au plan de l’effectif : Mauzac, Nontron, Vancia, Bergerac, Villefranche-de-Rouergue, Clermont- Ferrand et Toulouse. Au 1er juin 1944, 717 détenus attendent toujours leur libération des prisons militaires dans lesquelles ils croupissent, certains depuis le début de la guerre. Ils retrouveront peu à peu leur liberté quand, au lendemain du débarquement des Alliés en Normandie, la Résistance s’attaquera aux prisons pour en délivrer les politiques. Les camps d’internement ont fait l’objet de nombreuses études et publications mais le sujet de recherche de Corinne Jaladieu est totalement neuf. Son étude révèle comment fonctionne la prison politique sous Vichy, selon quelle éthique, et comment s’articulent les circuits allemand et français d’enfermement. La prison est appréhendée tel « un prisme pour saisir la société et la nature de l’État qui incarcère. »

CORINNE JALADIEU | L a prison politique sous Vichy. L’exemple des centrales d’Eysses et de Rennes, Paris, l’Harmattan, 2007, 289 pages. | 

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