Arkheia, revue d'histoire

La seconde "patrie" de Manuel Azaña

Par Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-Pierre Amalric est président de l’association "Présence Manuel Azaña" (France) et professeur émérite de l’université Toulouse-Le-Mirail.

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Un des derniers textes signés par Manuel Azaña est la lettre en forme de cri de détresse envoyée de Montauban, le 27 juillet 1940, à Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy, à la suite de l’ enlèvement de son ami intime et beau-frère Cipriano de Rivas Cherif par les sbires du gouvernement de Franco au Pyla-sur-Mer [1]. Il y évoquait les conditions de ce qu’il appelait « mon séjour en France », depuis qu’il avait quitté le sol espagnol à la fin de février 1939 : « J’habite votre pays depuis la fin de la guerre espagnole. Le gouvernement d’alors connaissait, et tous ceux qui lui ont succédé ont connu aussi, ma résolution de me tenir à l’écart de toute activité politique. […] Les papiers qu’on m’a donnés en ce moment m’autorisent à rester en France jusqu’au mois de mars 1942. Mes intentions allaient plus loin. J’ espérais ne plus quitter la France. La guerre même n ’a pas changé mes intentions. Évidemment on est toujours attaché à sa patrie, que rien ne peut remplacer. Mais ne pouvant plus de ma vie rentrer en Espagne, c’ est seulement en France que, par des motifs bien supérieurs à la politique, je pouvais trouver une seconde patrie ». En effet, pour justifier cette attitude, l’ancien président tenait à revendiquer un titre auquel il tenait, celui - écrivait-il - de « vieil ami de votre pays », poursuivant : « Dès 1914 j’ai été à Madrid l’animateur de l’opinion francophile. Pendant la guerre, et après, j’ai publié des livres, des brochures, des articles, j’ai fait des conférences pour aider mes compatriotes à mieux comprendre le génie de la France, en ce qu’il a de plus durable et d’universel ». Faut-il voir dans cette profession de foi un simple argument de circonstance de la part d’un homme traqué, ou au contraire l’expression d’une conviction indélébile marquant sa pensée comme son action politique ? Si l’on fait abstraction des lectures et des rencontres qui ont pu éveiller l’intérêt du jeune Azaña pour le pays voisin, on ne peut ignorer à quel point sa personnalité resta marquée par les longs séjours qu’il effectua enFrance, dans des contextes bien différents. Ce fut d’abord le coup de coeur de la découverte, qui lui fut offerte en 1911 par une bourse de recherche accordée par la Junta de ampliación de estudios [2] : âgé d’une trentaine d’années, le fonctionnaire du ministère de la Justice put ainsi passer l’année entière dans le Paris de la Belle Époque. Ce fut pour lui comme une révélation. S’il ne semble pas que les travaux sur le droit médiéval auxquels il s’ était engagé aient produit des résultats considérables, il y trouva l’occasion de se familiariser avec la société et la culture françaises, dont il devait être en Espagne un des meilleurs connaisseurs. En particulier il fréquente assidûment les grandes bibliothèques et satisfait son appétit de lectures (...)


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