Arkheia, revue d'histoire

La seconde "patrie" de Manuel Azaña

Par Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-Pierre Amalric est président de l’association "Présence Manuel Azaña" (France) et professeur émérite de l’université Toulouse-Le-Mirail.

(...) réduction du temps de service, passé de cinq ans ( 1872 ) à trois (1889), puis à deux (1905), permit de se rapprocher du but sans vraiment l’atteindre. Des freins puissants l’ empêchaient : la crainte de la menace allemande poussait à maintenir des effectifs énormes sous les drapeaux, qui ne pouvaient être encadrés que par un nombre élevé d’ officiers et sous - officiers de carrière. Ces militaires, privés du droit de vote, entretiennent un esprit de corps qui en fait une société fermée, isolée du reste de la nation, et qui « les éloigne toujours davantage du régime républicain [1] ». Le défi posé à la République était de savoir comment s’y prendre pour « démocratiser l’armée ». Ce fut l’affaire Dreyfus qui lui en donna l’ occasion : Azaña n’hésite pas parler de la révolution dreyfusiste [2] ! Conflit déterminant, à ses yeux, entre « le droit d’un seul individu et un ordre légal établi contre lui, ordre vicié dans son principe, mais déclaré intangible au nom de la patrie : l’une fondée exclusivement sur l’histoire et n’acceptant de se soumettre à aucune valeur d’ ordre supérieur, l’autre « se subordonnant à l’idée de justice ou se confondant avec elle », assumant l’héritage de la Révolution. Au nom de la défense de l’armée se rassemblent « toutes les forces sociales parmi lesquelles la victoire de l’ esprit révolutionnaire, implicite dans le dreyfusisme, suscitait rancoeur et alarme », et pour lesquelles « les ennemis de l’armée étaient aussi les ennemis de Jésus - Christ et de la monarchie [3] ». La politique de défense républicaine eut donc à combattre ces deux pouvoirs alliés qu’étaient le militarisme et le cléricalisme. Quand elle l’ eut emporté, « la République n’avait plus peur de ses généraux » et put mettre en oeuvre les réformes décisives ajournées jusqu’alors… Aux yeux d’Azaña, il ne fait pas de doute que « la guerre germanique - la Grande Guerre - a été la grande épreuve dans laquelle la base donnée à l’ éducation morale et technique de la République a montré sa solidité [4] ». Pour bien faire comprendre la nature du combat mené par la République démocratique et parlementaire, Azaña ne se dissimule pas que la République française qu’il admire est loin de faire l’unanimité. Aussi ne craint-il pas de consacrer deux des principaux chapitres de son livre aux forces qui, selon lui, l’attaquent à sa droite et à sa gauche, sur lesquels il vaut la peine de s’attarder. Celui qu’il consacre à « l’opposition contre-révolutionnaire [5] » constitue une étude approfondie des idées ouvertement réactionnaires, restées si puissantes dans la société française. Son attention se porte à sa manifestation la plus immédiate, c’ est-à-dire au courant constitué par « le parti et le programme nationalistes », c’ est-à-dire à l’âme de l’anti-dreyfusisme. Uni (...)


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