Arkheia, revue d'histoire

La seconde "patrie" de Manuel Azaña

Par Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jean-Pierre Amalric est président de l’association "Présence Manuel Azaña" (France) et professeur émérite de l’université Toulouse-Le-Mirail.

(...) sorte de tendresse, il se refuse à caricaturer « cet homme de science, cet homme de système », à l’ opposé d’un « chef de faction politique [1] ». S’il a ressenti, lui aussi, le choc de la défaite de 1870, il y a cru trouver la démonstration expérimentale des vices auxquels la France aurait succombé depuis le XVIIIe siècle. Aussi Azaña se demande-t-il surtout comment la critique de la Révolution menée par Taine, a pu déboucher sur l ’idée historiciste d’un retour à une tradition tournée vers le passé. Le principal reproche qu’il lui adresse est celui d’avoir mutilé la réalité de la vie sociale, en faisant des acteurs de l’histoire des « espèces politiques », dont le modèle est le jacobin, « accumulant en un type inexistant tous les caractères dispersés dans la foule des révolutionnaires [2] ». Azaña juge qu’un tel déterminisme « oublie trop la personne », convaincu pour sa part que « l’action personnelle en vue d’ échapper à la pression des circonstances ne cesse de créer des valeurs nouvelles ». Mais il ne doute pas de l’apport du « maître de la contre-révolution » que fut Taine au bagage idéologique du nationalisme français, insistant pour terminer sur le « catholicisme sans dogme » de cet agnostique qui prétend faire de l’Église un « instrument irremplaçable de discipline [3] ». Rendant compte ensuite de la lecture de Barrès, il y trouve « un lyrique », dont la sensibilité présente une « certaine analogie avec quelques aspects de la littérature et de la politique espagnole contemporaines [4] ». De nature purement subjective, son nationalisme nourri de l’attachement à la terre et aux morts fait de « la patrie, identifiée avec la nation, […] une idée qui se soustrait à la critique et […] implique l’acceptation de tout ce qui a pu contribuer à la former [5] ». Une même tendance ne doit pas manquer d’ échapper au regard d’Azaña, qui se veut justement critique, s’il devait le porter sur les diverses affirmations du nationalisme en Espagne. Achevant son analyse des idées anti-républicaines en France, il observe leur convergence dans le nationalisme intégral formulé par la pensée, à la fois systématique et passionnée, de Charles Maurras et popularisée par son journal, L’Action française. Il ne cache pas sonappréhension face aux implications du projet maurrassien de mettre l’intelligence au service de la monarchie :en particulier la volonté de faire du catholicisme romain une école d’ ordre et de soumission, et la menace d’exclusion de la communauté nationale visant ce qu’il appelle les quatre États, c’est-à-dire les juifs, les protestants, les francs-maçons et les métèques - ces Français de fraîche date parmi lesquels, observe ironiquement Azaña, figurent Jean-Jacques Rousseau, Madame de Staël et le défenseur de Dreyfus, Émile Zola [6] ! En conclusion, Azaña ne cache pas sa (...)


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