Arkheia, revue d'histoire

La « zone libre », un Midi appauvri

Par Éric Alary
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : Éric Alary est docteur et agrégé d’histoire. Il a enseigné à l’IEP de Paris et aux écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan ; il est actuellement professeur de classes préparatoire au lycée Camille-Claudel de Poitiers. Il est l’auteur d’une Histoire de La Ligne de démarcation (Perrin, 2003).

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Pendant un peu plus de deux années, le régime de Vichy tenta de faire vivre la zone non-occupée qui devint la Zone Sud à partir du 11 novembre 1942. Le Midi, coupé de la France industrialisée, manquait cruellement de moyens et de ressources ; comme le reste de leurs compatriotes, ses habitants n’échappèrent donc pas aux difficultés croissantes du temps. Ils ne firent bien souvent qu’y survivre.

L’existence de la ligne de démarcation – une frontière intérieure ouverte ou fermée au gré de l’humeur allemande – a exercé un poids considérable sur la vie des Français de la zone dite « libre ». Le Midi avait besoin de développer des échanges économiques et financiers avec la zone occupée. Les conserveries de fruits et légumes du Périgord, par exemple, ne pouvaient fonctionner que si elles stockaient du fer blanc produit en zone occupée afin de fabriquer les boîtes de conserve ; les Allemands en jouèrent pour obtenir des boîtes pleines en échange de l’indispensable métal… En s’engageant dans sa politique de collaboration avec l’Allemagne, dès la poignée de mains entre Hitler et Pétain à Montoire, le 24 octobre 1940, le régime de Vichy ne put enrayer un engrenage de concessions toujours plus importantes, Zotamment à partir de 1941. S’il pensa un temps protéger les Français du Midi contre les pillages et les ponctions allemandes grâce à l’écran de la ligne de démarcation, la situation devint vite insurmontable et l’on entra en zone libre dans une spirale de difficultés pour se nourrir, ce dès l’hiver 1940-1941, l’un des plus durs hivers de la première moitié du XXe siècle. Il est toutefois intéressant de se demander en quoi la ligne de démarcation a créé deux zones alimentaires bien distinctes et si la zone non occupée a davantage souffert de la faim que celle occupée par le Reich.

Les déficits alimentaires de la zone non occupée

Le Midi étant sans conteste très désavantagé par le zonage du pays, le régime de Vichy avait-il les moyens de maintenir un régime d’autosuffisance ? À cette question, la réponse est négative. Pour s’en convaincre, il suffit en premier lieu d’observer les chiffres de l’économie et de la démographie des deux grandes zones créées par l’article 2 de l’armistice franco-allemand signé à Rethondes, le 22 juin 1940. La zone méridionale représente environ 45% de la superficie totale de la France avec 43% des agriculteurs français. En avril 1941, il est dénombré 39,3 millions d’habitants en France – incluant les 100000 Alsaciens-Lorrains évacués mais sans compter les prisonniers de guerre au nombre de 1,4 million. Plus de 25 millions de Français vivent en zone occupée et 14,2 millions de l’autre côté de la ligne de démarcation. La zone occupée englobe 73% des travailleurs français des industries de transformation et 79% des mineurs. En outre, avec seulement 34% des terres labourables, 37% des (...)


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