En ce début de XXe de siècle, dans le village de Larrazet le pétrole est à l’éclairage ce que le pain est à l’alimentation quotidienne : indispensable. Cette pénurie est durement ressentie en hiver, moment de l’année où la lampe à pétrole est la plus utilisée. C’est au soir que les femmes reportent certaines tâches réalisables au coin de la cheminée ( dépouiller le maïs, raccommoder et tricoter) tandis que les enfants font leurs devoirs et lisent. Dès les premiers signes de pénurie en hiver 1916, le maire s’empresse de connaître l’adresse de débitants, les épiciers et leurs dépositaires ayant épuisé les stocks. Rapidement, les rédacteurs sont “ bien irrités sur la durée probable de la crise “ (9 ; 118). En vue d’un rationnement, des enquêtes sont ordonnées par le préfet mais celles-ci n’améliorent pas l’approvisionnement du village. Les quantités attribuées sont bien inférieures aux besoins des habitants et bien pire on passe plusieurs mois sans recevoir une goutte. Le 19 décembre 1918, il est écrit : “arrivée à la mairie pour être distribués de 250 litres de pétrole. Depuis trois mois il était impatiemment attendu : on ne s’éclairait que très imparfaitement par des bougies hors de prix ou des veilleuses, surtout dans les maisons, nombreuses, où il y a des malades car la grippe reprend de plus belle “. Malgré la pénurie de pétrole, les rédacteurs continuent à tenir leur chronique mais ne se réunissent qu’une ou deux fois par semaine s’éclairant par des moyens qui réveillent en eux de lointains souvenirs : “ le pétrole manque totalement et nous faisons notre journal à la lueur d’un vulgaire quinquet qui rappelle un peu l’éclairage des saltimbanques qui nous donnaient des représentations sous la halle et se recommandaient à la générosité du public “ (10 ;221)
Travailler sans relâche pour fournir à l’Etat leurs récoltes à des prix trop bas, subir les privations témoigne de l’effort de guerre réalisé par les Larrazettois. Mais ont-ils eu le choix ? Cette participation à la victoire est le résultat de la soumission aux ordres, difficilement contournables. Elle aboutissait souvent à des protestations. L’accueil des réfugiés et le don d’argent émane en revanche de leur propre volonté, d’un désir profond de (...)