Arkheia, revue d'histoire

Larrazet, durant la Grande Guerre

Par Sylvie Guiraud
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Article publié dans
Arkheia n°2-3
Auteur : Sylvie Giraud est titulaire d’une maîtrise sur Larrazet durant la Grande Guerre. Elle est responsable des archives municipales de Castelsarrasin.

(...) se mobilisent pour cette nouvelle mission. Des barrages sont établis sur les grands axes routiers. Chaque garde est armé et a ordre de faire feu sur toute personne n’obéissant pas à la première injonction. Ces barrages sont moins dissuasifs que leurs gardes car une charrette ou une corde tendue constituent les seuls obstacles aux espions qui s’aventureraient à Larrazet. Les personnes souhaitant traverser le village doivent disposer d’un sauf-conduit délivré par le commissaire de police ou l’autorité municipale. La nuit, un sauf-conduit spécial est exigé pour franchir un barrage.

Toutefois les voitures transportant des espions furent si rares qu’il n’en vint aucune à Larrazet. Aucun sabotage sur la voie ferrée n’est signalé et personne ne voit cette femme recherchée dans toute la France et qui dit-on donne des bonbons empoisonnés aux enfants. C’est ainsi que Larrazet entre vaillamment dans la guerre, à sa manière en pourchassant des espions que l’on ne voit jamais mais que l’on craint pendant plus de quinze jours. Une sorte de guerre à l’arrière, prise très au sérieux par ceux qui l’ont menée même si elle fit bien rire leurs enfants et petits enfants.

En ce premier mois de guerre, l’inquiétude gagne vite les esprits. Alors que les nouvelles des journaux et communiqués officiels sont toujours optimistes, les lettres sont rares et ont beaucoup de retard. Cette attente des nouvelles suscite une anxiété générale que les rédacteurs évoquent dès les premiers départs. Les journaux régionaux parviennent chaque jour à Larrazet et sont attendus avec impatience. Le moral évolue donc au gré des nouvelles lues dans le Télégramme17, la Petite Gironde18 et la Dépêche de Toulouse. A la gare, les commentaires vont bon train comme le 3 août où “ on commente avec passion l’exploit de Garros détruisant un Zeppelin “ (1 ; 5). Jusqu’à la prise de Mulhouse (le 9 août), les réactions exprimées par les Larrazettois sont : “ la joie “ , “ l’enthousiasme “ , “ l’allégresse “ lors de bonnes nouvelles et le “ mépris “ concernant les actions ennemies. Le dimanche 9 août, Mulhouse est prise. Comme partout en France, la municipalité est priée de pavoiser les monuments et établissements publics pour commémorer le retour prochain à la France des provinces perdues en 1870. La vue du drapeau arboré à la mairie soulève “ l’allégresse de tous à l’idée que l’on se faisait des Alsaciens enlevant les poteaux frontières et en voyant des soldats français, espérés depuis 44 ans, leur apporter la délivrance “ (1 ; 13). Du 10 août au 13 septembre, les nouvelles de la guerre suscitent peu de réactions de la part des Larrazettois car ceux-ci ignorent la véritable situation militaire : les échecs des offensives alliées puis l’inéluctable retraite alliée jusqu’aux portes de Paris. La situation empirant de jour en jour, l’actualité militaire (...)



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