Arkheia, revue d'histoire

« Le Midi rouge » est - il bien une réalité ?

Par Entretien avec Jean-Jacques Becker et Gilles Candar
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Article publié dans
Arkheia n°17-18
Les Auteurs : Guillaume Bourgeois est maître de conférences à l’université de Poitiers et conseiller scientifique de la revue Arkheia. Nos invités:Jean-Jacques Becker professeur émérite à l’université de Paris-X-Nanterre, président du Centre de recherches de l’Historial de Péronne sur la Grande Guerre, est l’auteur de très nombreux ouvrages. Il a notamment publié L’Année 1914 ( Armand Colin, 2004 ) et dirigé avec Stéphane Audoin-Rouzeau,L’Encyclopédie de la Grande Guerre. Gilles Candar professeur de classes préparatoires au lycée Gabriel - Guist’hau ( Nantes ), a publié une Histoire politique de la III e République ( La Découverte,1999 ) et coordonné avec Madeleine Rebérioux ( 1920 - 2005 ), l’édition des oeuvres de Jean Jaurès chez Fayard.

(...) frères languedociens tout simplement parce que, s’ils le faisaient, ils seraient menacés de quitter la région, ce qu’ils ne veulent pas. On voit là encore la façon dont les comportements se déterminent à partir de considérations d’ordre plus ethniques que sociales. C’est ce qui explique d’ailleurs que les ouvrages écrits sur le Midi rouge par un certain nombre d’historiens communistes, comme Jean Sagnes ou autres, soient tout à fait intéressants mais finalement très réservés … car ce qu’ils isolent bien dans ce Midi rouge, ce sont les facteurs régionaux du comportement mais pas cette lutte de classes qu’ils souhaiteraient y trouver."

Arkheia : Parce que l’on distinguerait au contraire, dans le Midi, plus d’osmose sociale, plus de fluidité que partout ailleurs au nord du pays ?

Gilles Candar :"Les grandes villes languedociennes échappent en effet aujourd’hui à la gauche : Perpignan, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Sète, Nîmes, en dehors du cas particulier de Montpellier surdéterminé par la personnalité de Georges Frêche … La gauche se maintient dans ce monde de la campagne et des bourgs. Plus largement, Toulouse est de droite, Castres est de droite, Albi est de droite, Bordeaux est de droite alors que les conseillers généraux, dans les départements, restent à gauche. Mais, au fond, on en revient à notre questionnement originel. Pourquoi est - ce que les viticulteurs du Midi, avec leurs problèmes, sont à gauche, tandis que les viticulteurs du val de Loire qui rencontrent des problèmes comparables à travers la mévente du muscadet et des excellents vins des côtes de la Loire ne votent jamais à gauche et restent des électeurs fidèles de la droite ? C’est quelque chose que Maurice Agulhon a souligné car, dès 1849, on s’est imaginé que, partout, les paysans allaient passer à gauche. Or, rétrospectivement, l’historien se rend compte que c’est seulement un certain type de paysans qui bascule à gauche durablement ( avec toutes les recompositions radicales, socialistes ou communistes qui se feront ensuite ) tandis que les paysans bretons ou que les paysans de Lorraine qui vivent des conditions sociales extrêmement difficiles jusqu’à une date récente ne basculeront pas. Aujourd’hui, ça s’atténue car il y a comme une sorte de nationalisation des attitudes politiques et finalement, une bonne implantation de la gauche comme de la droite dans les fiefs des uns et des autres."

Jean-Jacques Becker : "Absolument ! Finalement, cela aboutit à la situation actuelle qui fait qu’aujourd’hui, les villes, qui sont plus dégagées de ces comportements traditionnels, passent à droite tandis le plat pays reste à gauche. C’est très remarquable dans le Sud - Ouest, plus que dans le Sud-Est …"

Arkheia : C’est la présence plus vivace de l’Église qui joue dans ces derniers cas ?

Gilles (...)



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