Arkheia, revue d'histoire

Le PCF dans le Sud-Ouest : centre et périphérie

Par Max LAGARRIGUE
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Article publié dans
Suppléments
Max Lagarrigue : historien, spécialiste du communisme rural, il a notamment publié : Renaud Jean. carnets d’un député paysan communiste (Atlantica, 2001).

(...) à parler au peuple, nous avons simplifié des exposés dont l’argumentation d’un dogmatisme rébarbatif faisait peur à tout le monde ”.

Toutefois, cette politique de surenchère patriotique que mène le PCF est manifestement loin de faire l’unanimité des militants. La plus fameuse critique est celle émanant d’André Ferrat. Ce dernier, avec un courage certain, admonesta la “ politique thorézienne devant le Comité central ”. Deux autres exemples correspondent à une attitude similaire. Si elles sont moins spectaculaires que celle de Ferrat, elles n’en sont pas moins la preuve d’une résistance à l’assimilation des tendances cocardières qu’inocule la nouvelle ligne. La victoire aux élections municipales de mai 1935 des listes de Rassemblement populaire se manifeste lors du rendez-vous commémoratif de la prise de la Bastille, le 14 juillet. Si ces manifestations témoignent d’une réintégration des valeurs patriotiques et des principes de la Révolution française dans l’identité du PCF, on assiste à une assimilation de façade. Ce rejet de la confusion du PCF, parti de la “ lutte des classes ” avec le “ parti rouge ”, c’est-à-dire le parti “ en guerre ” contre le Clergé de type radical-socialiste, est patent lors de la manifestation du 14 juillet 1935 à Montauban. Le Républicain du Tarn-et-Garonne regrette que “ le drapeau tricolore, celui du Valmy, ne flottait pas à côtés du drapeau rouge ” et que “ la Marseillaise, celle du 10 août, ne sonnait pas en même temps que l’Internationale. On n’entendait pas retentir à la fois les deux grands cris historiques : Vive la Nation ! et Vive la Révolution ”.

L’interprétation kriegelienne veut qu’il y ait là opposition entre la vieille génération issue de la Bolchevisation et celle du Front populaire. En Tarn-et-Garonne le conflit entre générations se produit en 1932, en pleine ligne “ classe contre classe ”, les jeunes militants s’accaparent une direction régionale inexistante. Le conflit ne se produit pas entre générations mais bien contre l’amalgame que tente de réaliser la Direction du parti communiste français entre le rouge “ classiste ” et le rouge des anti-calotins du XIXe siècle. C’est ce que nous rapporte Jean Berlioz, délégué du Comité central, dans son rapport sur le Lot-et-Garonne :

“ Le défaut général des camarades, c’est leur sectarisme, on ne veut pas mettre de drapeaux tricolores dans les salles, on ne fait rien, au contraire, pour se rapprocher des socialistes ; la politique de la main tendue n’est acceptée que du bout des lèvres...”.

Les militants lot-et-garonnais qui ont pourtant mis en place une active organisation pour l’élaboration du programme du Rassemblement populaire sont réfractaires à la fusion des deux partis “ rouges ”. Les résistances aux valeurs nationales des militants communistes témoignent des symboles et traditions internes au (...)



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