Arkheia, revue d'histoire

Le Vieux fusil : film de Robert Enrico tournée à Montauban

Par Stefan Moriamez
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Stefan Moriamez est titulaire d’un diplôme en étude approfondie de linguistique.

(...) d’intrigue, et de quelle manière ces deux pôles s’entremêlent et se complètent. Tout au long de cet exposé, nous montrerons en quoi l’œuvre de Robert Enrico peut être vue et lue comme l’illustration du paradoxe de l’Homme. Dans ce film aux contrastes récurrents, le réalisateur montre la métamorphose d’un homme pendant une période de l’Histoire où l’Homme lutte contre lui-même. Nous verrons en quoi cette lecture participe de la grandeur du film. Commençons par une des premières images du film qui montre dans un clair-obscur les pendus dits de la préfecture de Montauban, épisode tristement célèbre de l’histoire du Tarn-et-Garonne. Rappelons brièvement les faits : quatre résistants sont pendus et exposés par les Allemands place des Acacias (place des Martyrs) la dernière semaine de juillet 1944 à titre d’exemple, comme une menace pour toute personne tentée par la résistance. Cet épisode de la guerre est filmé par le réalisateur pour recréer ce climat de peur et de terreur qui régnait à l’époque. Cependant, Le but de Robert Enrico n’est pas du tout de raconter les faits tels qu’ils se sont déroulés. Il est évident que le spectateur doit toujours se rappeler qu’il s’agit d’une fiction. Autour de celle-ci viennent se greffer des éléments historiques qui correspondent à elle ; alors ils deviennent utiles à l’intrigue et du même coup des éléments du scénario. La scène n’a pas été tournée sur les lieux précis de ces pendaisons. Le scénario stipule par ailleurs la présence de deux résistants et non pas quatre comme en juillet 1944. C’est dire que l’Histoire est ici évoquée en simple clin d’œil. En même temps que cette allusion aux pendus dits de la préfecture, Robert Enrico remémore à l’inconscient collectif du Tarn-et-Garonne l’épisode des pendus de Flamarens du 10 juillet 1944. Tout comme dans Le Vieux fusil, c’est la division Das Reich qui a perpétré ce massacre. Si les co-scénaristes du film ont choisi la division Das Reich, peut-être est-ce parce que ce nom a encore un triste écho en tous ceux qui se souviennent d’Oradour (il s’agit là du plus tragique massacre), ou d’Ascq le 2 avril 1944 où 86 habitants ont été massacrés. On n’oublie pas non plus ce qui s’est passé quelques semaines plus tôt à Tulle le 9 juin 1944 où 99 otages furent pendus. Il se trouve que les dates correspondent d’un point de vue historique et à quelques semaines près à la période pendant laquelle se déroule la fiction. Si Enrico a choisi Das Reich, c’est aussi parce qu’ils étaient basés à Montauban. Mais il est vrai que l’une des grandes forces du film de Robert Enrico tient aussi au fait qu’il se situe sur plusieurs plans temporels et que l’Histoire en est un parmi d’autres. En effet, plus encore qu’un simple témoin des scènes, le spectateur vit les scènes de la vie de Julien Dandieu, chirurgien notable interprété par Philippe Noiret, de l’intérieur de sa conscience (le spectateur entre (...)


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