Arkheia, revue d'histoire

Le camp de Septfonds : 60 ans d’histoire et de mémoire

Par Sylvain Zorzin
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Sylvain Zorzin est licencié en droit et Diplômé de l’IEP de Bordeaux. Ce texte est issu du mémoire d’IEP Bordeaux intitulé :"Le camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne). 1939-1999 : soixante ans d’histoire et de mémoires ” (2000).

Page suivante

Le camp de Septfonds n’est pas un lieu de mémoire. Il est un lieu des mémoires. Entre 1939 et 1945, Guerre civile espagnole, régime de Vichy, résistance - légale puis “ illégale ” - à l’occupant nazi, collaboration, déportation, et cette vie quotidienne dans un village de moins de deux mille âmes, se sont entrechoqués sur quelques kilomètres. Et les différentes mémoires qui ont émergé, qui se juxtaposent plus qu’elles ne cohabitent autour des sites de commémoration, sont les vécus a posteriori des différents épisodes de l’internement, le travail entrepris par des acteurs impliqués sentimentalement dans cette histoire, dans ces histoires.

Depuis la réhabilitation — un mot abstrait pour désigner le défrichage d’un terrain recouvert par les ronces et les mauvaises herbes — du cimetière espagnol par un ancien républicain retiré à Septfonds au début des années soixante-dix, les cérémonies se sont succédées devant des médias de plus en plus diserts, tandis que les historiens découvraient ce rouage essentiel de l’internement espagnol, l’extermination nazie, ce lieu entaché des excès de la Libération. Quand l’histoire se dévoile, les mémoires sont en ébullition. Mais à Septfonds, l’histoire est lourde de destins, et ces mémoires sont, à plusieurs moments, entrées en concurrence. Ces conflits, parfois âpres et dont les autorités municipales ont perdu le contrôle, sont peut-être le maître mot des différents travaux de mémoire autour du camp. Ce n’est pas un phénomène exceptionnel pour cette réinscription tardive, dans la mémoire de la Nation, des destins qui ont écrit l’histoire des camps d’internement. « Cet investissement de la scène publique par les exclus de l’Histoire se manifeste presque toujours non seulement par une action politique, mais également, ce qui va de pair, par une réappropriation d’un passé, d’une histoire spécifique, pensée comme singulière et distincte de l’histoire générale, par exemple de l’histoire nationale » , écrit Henry Rousso. Et ce n’est pas parce que Septfonds est un petit camp, « peu connu » selon l’aveu même du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), que tout est plus simple. Ces mémoires de Septfonds, ce sont d’abord des mémoires communautaires, appartenant aux acteurs des trois communautés, espagnole, juive et polonaise. Ce sont encore des individus dont le souvenir se rattache à la période noire de la collaboration. Et c’est aussi ce que nous avons appelé la mémoire du village, la façon dont jeunes et moins jeunes de Septfonds perçoivent l’histoire de leur village, plus de cinquante ans après que des flots « d’indésirables », comme on les appelait, se furent déversés dans leur commune. Toutes se croisent et se bousculent depuis une trentaine d’années.

« Eh bien ! Oubliez-nous, maisons, jardins, ombrages ! Herbe, use notre seuil ! ronce, cache nos pas (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Arkheia : Azaña 4 - 5
Manuel Azaña : Nation et mémoire en débat sous la co-directions de Geneviève Dreyfus-Armand et Jean-Pierre Amalric. A découvrir ici...
Vichy État occitan ?
Montauban, ultime terre de Manuel (...) C’est recouvert du drapeau mexicain, et non sous les couleurs de l’Espagne républicaine, que le cercueil de Manuel Azaña, son dernier président, fut mis en terre le 5 novembre 1940 : le maréchal (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia