Arkheia, revue d'histoire

Le château du Sablou en 1940, II

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

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Les raisons de cette dissolution tiennent essentiellement à l’appartenance du PCF à la IIIe Internationale, organisation d’émanation soviétique, agissant en intelligence avec l’ennemi allemand. Le reproche implicite qui est fait aux communistes français, c’est de saper l’effort de guerre contre Hitler. Parmi les premiers élus communistes à manifester leur désaccord avec la direction du Parti sur la question du pacte, se trouvent deux députés de la Dordogne : Gustave Saussot et Paul Loubradou. Ce dernier, dans l’édition du 9 septembre 1939 du Journal de Bergerac, fait publier une lettre ouverte intitulée : “Pourquoi j’ai démissionné du Parti communiste français”. Si, dans la presse communiste clandestine, l’insubordination des deux députés à la ligne du Parti leur vaut les qualificatifs de “traîtres et renégats”, ils seront ensuite rejoints par le tiers du groupe parlementaire communiste.

Situation du Parti communiste français en septembre 1939

L’évolution de la politique du Parti communiste français au cours du mois de septembre 1939 appelle quelques précisions qui aideront à mieux comprendre les raisons et la nature de l’internement des communistes du camp au Sablou. Au début du mois de septembre, les parlementaires communistes adhèrent à la politique de défense nationale. Ils votent les crédits de guerre, montrant ainsi leur volonté de poursuivre leur engagement antifasciste et leur refus de tout compromis avec Hitler. Cette opposition s’était déjà manifestée lors des accords de Munich, signés dans la nuit du 28 au 29 septembre 1938 par Hitler, Mussolini, Daladier et Chamberlain. Or, le 23 août 1939, Hitler et Staline concluent un accord déconcertant, véritable partage de l’Europe orientale entre les deux dictatures. Signé à Moscou par Ribbentrop et Molotov, le pacte germano-soviétique place les militants communistes dans une position pour le moins ambiguë, tiraillés qu’ils se trouvent entre leur fidélité à Moscou et leurs exigences antifascistes. Les directives de l’Internationale communiste parviennent à Paris le 20 septembre. Maurice Thorez est sommé de rejoindre l’URSS. Il déserte et quitte le pays le 4 octobre 1939. La direction du Parti communiste français fait définitivement allégeance à Moscou en s’engageant dans une propagande contre la “guerre impérialiste” propre à semer la confusion. En conséquence, Édouard Daladier – alors président du Conseil, ministre de la Défense nationale et de la Guerre et ministre des Affaires étrangères – décrète la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939.

L’état d’esprit des internés

Les lettres censurées et saisies par la commission de contrôle postal de Périgueux permettent de se faire une idée de l’état d’esprit des internés du Sablou. L’un d’eux reconnaît une appartenance au Parti communiste de 1919 à 1937, mais prétend (...)


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