Arkheia, revue d'histoire

Le château du Sablou en 1940, II

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...) l’avoir abandonné de son plein gré, en octobre 1937. Il croit en la magnanimité du régime de Vichy et déclare, le 11 novembre 1940 : « Je fais néanmoins confiance au Maréchal Pétain et je pense qu’à l’heure actuelle, les ordres sont donnés pour que notre retour à la liberté soit sous peu un fait accompli. Nous sommes ici dans l’attente de la réalisation sans avoir d’indices nouveaux ».

Un autre interné regrette de ne pas avoir été jugé par un tribunal militaire car alors il aurait été condamné à une peine “nette et précise”. Exprimant son avis sur la mesure d’internement préfectoral dont il fait l’objet, il dit se trouver « en présence d’une formidable iniquité, en présence du rétablissement de l’ancienne lettre de cachet, permettant de jeter en prison ceux qui, à différents titres, gênaient certains de leurs concitoyens, moyen élégant en usage avant 1 789 et qui servait à cette époque à peupler la Bastille, et de nos jours à peupler les camps de concentration, moyen servant à satisfaire les basses vengeances, les rancunes d’êtres immondes rampant dans la boue de l’anonymat ». Le changement de direction dans le commandement du camp fait l’objet de commentaires dans les correspondances. Le 20 novembre 1940, le rapporteur de la commission de contrôle postal indique : « Moral beaucoup moins bon depuis que la direction du camp n’est plus assurée par l’autorité militaire ; cette mesure paraît avoir été très péniblement ressentie par tous les surveillés. On regrette ce pauvre M. Daguet, capitaine du Camp, ainsi que tous ces gentils officiers et s/officiers ; plus de permissions, c’est des gendarmes qui nous gardent. L’inaction paraît surtout peser aux internés et la suppression des permissions les amène à critiquer d’une façon assez violente le gouvernement (…) L’espoir d’une libération prochaine paraît calmer beaucoup la mauvaise humeur. Néanmoins nous trouvons de nombreux commentaires au sujet des arrestations qui auraient été faites abusivement, étant donné qu’avant 1939, aucune loi n’interdisait l’action syndicale. Souhaits que le Chef de l’État nouveau signera la libération générale en se réservant le droit de remettre en prison tous ceux qui se livreront, par la suite, à une propagande interdite. » À la fin du mois de novembre, la détention semble de plus en plus mal supportée par les internés. La politique de fermeté mise en place par le commissaire spécial Antz est mal vécue : « Notre régime se resserre de plus en plus. Le peu de bien-être que nous avions, on nous l’enlève peu à peu, pour nous appliquer un règlement inique, inhumain, je dirai même sauvage. On a plus d’égard pour un voleur ou un assassin que pour d’honnêtes travailleurs qui n’ont fait que de travailler toute leur vie pour assurer leur existence et celle des leurs. Quant à une libération possible, il n’en est plus question. Donc (...)



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