Arkheia, revue d'histoire

Le château du Sablou en 1940, partie III

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

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Conditions sanitaires et ravitaillement

On ne peut parler de la présence massive des internés communistes du Sablou sans évoquer l’aide mise en place, très tôt, par la section communiste de Montignac. Les premiers « indésirables » arrivent par petits convois, en camion, et passent quasi inaperçus. Ceux qui suivent doivent, de la gare de Montignac, traverser le village à pied. Certains les regardent étonnés, tandis que « d’autres, très émus, les saluent avec amitiés, tel Jean Gatinel qui lève son béret sur leur passage, au coin de sa boulangerie ». Le témoignage de Madeleine Quéré, fille aînée de Jean Gatinel, le boulanger communiste de Montignac, éclaire le propos : « C’est l’honneur de cette poignée de communistes d’avoir, toujours par instinct de classe, agi tout de suite. Il faut améliorer l’organisation matérielle des internés par la collecte de fourchettes, d’assiettes, de vêtements, de couvertures, de médicaments ; recevoir les familles et les héberger chez des paysans sympathisants ou tout simplement patriotes ; faire soigner les malades… et le docteur Raymond assure gratuitement des consultations et fait accepter les plus atteints à l’hospice. Tout un travail souterrain est mis en place et tout un réseau d’aide et de soutien matériel et moral est solidement assuré. » En janvier 1940, au château du Sablou, rien n’a été prévu pour recevoir tous ces hommes âgés, malades, chargés de famille, plongés brutalement dans des conditions morales très dures, originaires des quatre coins de la France, coupés de leurs attaches familiales. C’est la période la plus terrible et en outre il fait très froid cet hiver-là. Une « roulante » de l’armée doit assurer la cuisson de la nourriture. Les « bouteillons » sont apportés par des soldats ; pas de table ; pas de chaises ; pas de châlits, de la paille et des fagots. Il n’y a pas d’eau courante au Sablou. Il n’existe qu’une source située dans la forêt voisine, où les détenus se rendent sous bonne escorte pour chercher l’eau pour la cuisine. Le manque d’hygiène la plus élémentaire développera la vermine, les poux, les puces et la dysenterie et fera craindre le développement d’une épidémie de typhus. André Moine rapporte qu’il a gardé du Sablou « deux souvenirs particulièrement pénibles. D’abord, parmi les nouveaux arrivants, la moitié peut-être n’avait aucun ustensile pour manger : ni gamelle, ni fourchette, ni cuiller. La soupe et le rata, servis dans des grands plats, devaient être saisis avec les doigts et chacun s’efforçait de récupérer une vieille boîte de conserve, un bois pointu, un instrument quelconque : donc réduction à l’animalité matérielle. Ensuite, le capitaine exigeait, avec une rigueur toute militaire, que chacun travaille. Mais, pour la masse des nouveaux venus, quoi faire ? Il ne voulait pas le savoir : pas d’inoccupé. Il fallait se cacher ou avoir (...)


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