Arkheia, revue d'histoire

Le contrôle de la frontière espagnole en février 1939

Par Jean-François Nativité
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Jean-François NATIVITÉ est docteur en histoire militaire et études de défense de l’université Paul Valéry Montpellier III. Il a soutenu dernièrement sous la direction du professeur Jules Maurin, une thèse intitulée : Culture d’ordre et identités régionales. La gendarmerie sous l’Occupation dans les départements pyrénéens (1939-1944).

Page suivante

Visées sécuritaires et réorientation géostratégique : le contrôle de la frontière espagnole en février 1939 La chute de Barcelone le 26 janvier 1939 avait convaincu les derniers optimistes de l’imminence d’une guerre européenne. Peut-être évoqua-t-elle aussi l’appel angoissé que Blum diffusa dans les locaux de la SFIO à la fin 1936, « mais sans un bloc de démocratie, combien de temps donnez-vous à vivre aux régimes parlementaires ? » ou encore, les espoirs révolus lorsqu’à Nyon, ces mêmes démocraties avaient agi avec ensemble et fermeté en assumant le devoir qui leur incombait : se dresser courageusement pour défendre le droit, quels que fussent les risques inhérents à leur entreprise1. En tout état de cause, elle avait sonné le glas du semblant de quiétude et d’optimisme affiché par les autorités françaises depuis l’adoption du principe de « non-intervention ». Avec le passage massif des républicains espagnols dans les Pyrénées-Orientales, les premières effluves du futur conflit mondialisé vinrent frapper à la porte de frontaliers incrédules. En concrétisant les « fantasmes partagés de l’avant-guerre2 », cet afflux de population étrangère avait enflammé de manière anticipée l’ensemble de la frontière franco-espagnole, et ouvert la voie aux hostilités de la campagne de 39-40.

Préambule sécuritaire et veillée d’armes

Davantage préoccupée par la montée des périls en Europe centrale que par les réels dangers qui se profilaient outre Pyrénées, la politique du gouvernement français face à la situation ibérique était longtemps restée prudente voire passive ; et ce en dépit des nombreuses alertes émises par les services de l’ambassade de France à Madrid, ou par les militaires en poste à la frontière. Déjà en 1937, suite à l’offensive franquiste sur Malaga (février) et au bombardement de Guernica par la Légion Condor (24 avril), l’ambassadeur de France avait signalé les conséquences éventuelles de la conflagration dans les régions industrielles du Nord, et chiffré à plusieurs dizaines de milliers le nombre des réfugiés potentiels. De même en mars 1938 durant la bataille d’Aragon, le lieutenant-colonel Morel (attaché militaire français à Barcelone) puis le consul Camps, avaient tour à tour souligné l’imminence du danger et demandé qu’on réfléchît à l’installation de centre d’hébergement pour plusieurs dizaines de milliers de personnes3. Pour autant, la France avait récusé jusqu’au dernier moment l’éventualité d’un exode sur son territoire. Sûre de sa force et de l’efficacité de ses systèmes de surveillance transfrontaliers, elle était restée sourde à ces signaux avantcoureurs, occultant par là même les précédents transferts de population. Depuis la campagne de Guipúzcoa, environ 40 000 à 45 000 réfugiés espagnols avaient déjà passé la frontière. À la mi-novembre 1938, alors que les (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Référence en vente sur ce site
Le livre sur l’Exode : 1940, La France du repli : l’Europe de la défaite sous la direction de Max Lagarrigue, plus de 30 contributions dont Stanley Hoffmann, Jean-Marie Guillon, José Gotovitch...
L’Affaire du Fau (1944-1952) Qu’y a t-il donc de si mystérieux dans cette histoire de parachutage manqué, il y a plus de cinquante-cinq ans dans la périphérie montalbanaise ? Tous les ingrédients d’un roman a rebondissement (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia