Arkheia, revue d'histoire

Le contrôle de la frontière espagnole en février 1939

Par Jean-François Nativité
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Jean-François NATIVITÉ est docteur en histoire militaire et études de défense de l’université Paul Valéry Montpellier III. Il a soutenu dernièrement sous la direction du professeur Jules Maurin, une thèse intitulée : Culture d’ordre et identités régionales. La gendarmerie sous l’Occupation dans les départements pyrénéens (1939-1944).

(...) l’exode. Ayant un travail surhumain à accomplir, la brigade avait absolument besoin d’une machine. Toutes les organisations civiles et militaires mises sur pied au moment de l’exode ont opéré de la sorte. Élevant le débat, j’ajoute que l’exode espagnol a fait défiler sous les yeux des gendarmes des trésors inestimables. Beaucoup de ces objets étaient le résultat de vols. Par contre de nombreux réfugiés ont procédé à des ventes rapides des objets qui les encombraient. Il est possible que plusieurs gendarmes aient acquis de cette façon des objets divers. Aucun cependant n’a rien fait d’exagéré en ce sens.33 ».

Non content d’assumer les faits, il tendit de plus à justifier son comportement et celui de ses hommes en sacrifiant la loi au profit de la nécessité. Certes les tâches à accomplir semblaient bien longues et difficiles au regard des effectifs employés et des nombreux motifs de tentation. Mais ceci n’explique pas tout. Ces mots faisant la part belle au légitime au détriment du légal, sont avant tout la confirmation du basculement psychologique et comportemental des gendarmes lié à l’urgence de la situation. Comme nous l’avons écrit ailleurs, « le désarmement des réfugiés avait marqué une étape décisive dans la mutation gendarmique : en l’espace de quelques semaines, ils étaient passés de la simple vigilance renforcée à une configuration de guerre34 ». En effet, la soudaineté et l’amplitude des événements espagnols avaient donné lieu dans les départements pyrénéens, à tout un panel de décisions exceptionnelles pour la maintient de l’ordre public. Cette politique aux forts accents protectionnistes (héritage direct de l’esprit des décrets-lois de mai-novembre 1938 relatifs aux étrangers) avait, comme l’a souligné Emmanuelle Salgas, conforté au sein de la population les réflexes locaux d’auto protection et de repliement sur soi35 et contribué pour une partie de l’opinion (et les gendarmes ne dérogeaient pas à la règle), à l’apparition d’une forme de nationalisme exacerbé. En plus du péril sanitaire, avec la victoire de Franco et la présence des forces de l’Axe en Espagne, la menace fasciste était dorénavant aux portes des Pyrénées.

Depuis peu, l’hypothèse d’une invasion du territoire par la péninsule ibérique était devenue plausible aux yeux des Français. En décembre 1938, à la question « Pensez-vous que si le général Franco est vainqueur en Espagne, la France aura un ennemi de plus à ses frontières ? », 74% des Français interrogés lors d’un des premiers sondages d’opinion, répondirent oui et seulement 21% non36. Bref, dans ce contexte de crispation internationale de plus en plus prégnant, l’étranger n’était plus le bienvenu. Que dire alors de l’ « Espagnol » d’extrême gauche, accusé de tous les maux par une partie de la population française ? Il était un suspect tout désigné. Celui par (...)



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