Arkheia, revue d'histoire

Le contrôle de la frontière espagnole en février 1939

Par Jean-François Nativité
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Jean-François NATIVITÉ est docteur en histoire militaire et études de défense de l’université Paul Valéry Montpellier III. Il a soutenu dernièrement sous la direction du professeur Jules Maurin, une thèse intitulée : Culture d’ordre et identités régionales. La gendarmerie sous l’Occupation dans les départements pyrénéens (1939-1944).

(...) qui arrivaient le danger et le bruit des bottes37. En tant que premiers défenseurs d’un pays hôte désormais assiégé, il n’en fallait pas plus à nos soldats de l’ordre pour s’autoriser avec l’assentiment de la hiérarchie quelques entorses au règlement.

RÉSUMÉ À supposer que la guerre d’Espagne ait bien été un drame espagnol, elle fut aussi, nous dit Pierre Laborie, une guerre civile européenne, un théâtre de sang où le vieux continent divisé pouvait régler ses comptes par procuration. En évitant l’implication directe et les prises de position à l’égard de l’intervention de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, la France avait retardé jusqu’au dernier moment la contagion continentale. Toutefois, elle n’avait pas fait l’économie d’une fracture politique et sociale interne. La gestion antithétique par les gouvernements français de l’immigration et de son volet espagnol entre 1936 et 1939, avait confirmé cette fragilité. Elle avait révélé le double visage d’une nation en crise et sa représentation antagoniste de l’accélération événementielle de la fin des années 1930. La bipolarisation croissante de l’opinion française liée à la guerre d’Espagne et à l’exode, avait fait office de miroir conjoncturel38 prémonitoire des menaces hexagonales. Ainsi, le balcon pyrénéen de Jean Vilar était devenu une zone névralgique anticipée de la sécurité nationale. Si les legs en tout genre et les héritages venus d’outre-mont avaient une nouvelle fois servis de passerelle entre la géographie des lieux et son histoire, les changements stratégiques et le spectre de la guerre, avaient aussi remis en lumière des hommes que la pacification récente de l’espace avait presque fait oublier : les agents du maintien de l’ordre.

- 1. David WINGEATE PIKE, Les Français et la Guerre d’Espagne, Paris, PUF, 1975, p. 380.
- 2. Denis PESCHANSKI, La France des camps, La France des camps. L’internement 1938-1946, Paris, Gallimard, 2002, p. 35.
- 3. Ibid., p. 37.
- 4 SHDDAT, 7N 3873, Note du général Fagalde commandant la 16 région militaire,, du 12 novembre 1938.
- 5. À compter du 27 novembre 1938, les effectifs de GRM dédiés à la surveillance de la frontière étaient passés de sept à trois unités. Les pelotons mobiles (PM) n° 490, 500, 501 et 502 furent dirigés sur Paris dans le but d’accomplir prochainement des missions de surveillance de la frontière franco-allemande, jugées beaucoup plus urgente. Cf. SHDDGN, 66E 74, R/2 du 28 novembre 1938.
- 6. Michel CATALA, Les relations franco-espagnoles pendant la Deuxième Guerre mondiale : rapprochement nécessaire, réconciliation impossible, janvier 1939-août 1944, Paris, 1997, L’Harmattan, pp. 20-21.
- 7. AD Pyrénées-Atlantiques, 4M 167, Lettre du ministre de l’Intérieur aux préfets du sud de la France, 27 janvier 1939, Instruction générale, cabinet du préfet des Basses-Pyrénées.
- 8. (...)



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