Arkheia, revue d'histoire

Le dernier discours du président Manuel Azaña, 18 juillet 1938

Par traduction de Jean-Pierre Amalric
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Azana 2 / hors série

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Prononcé à Barcelone, pour le second anniversaire du déclenchement de la guerre civile, ce discours public est le dernier que le président Azaña a eu l’occasion d’adresser à ses compatriotes, ce qui lui donne la valeur d’un testament. La traduction en est faite d’après le texte de l’enregistrement original, retrouvé récemment, et communiqué par le professeur Santos Juliá.

"Chaque fois que les gouvernements de la République ont jugé opportun que je m’adresse à l’opinion générale du pays, je l’ai fait d’un point de vue intemporel, en laissant de côté les préoccupations les plus urgentes et quotidiennes, qui ne me concernent pas spécialement, pour parler des aspects essentiels de nos problèmes confrontés aux intérêts permanents de la nation. Malgré tout ce qui est fait pour la détruire, l’Espagne subsiste. Pour moi et dans une perspective beaucoup plus vaste, l’Espagne n’est pas divisée en deux zones séparées par la ligne de feu. Là où il y a un seul Espagnol ou un groupe d’Espagnols qui se sentent angoissés en pensant au salut du pays, là il y a un esprit et une volonté dont il faut tenir compte. Je parle pour tous, y compris ceux qui ne veulent pas entendre ce qu’on leur dit, y compris ceux qui, d’un côté ou de l’autre, le trouvent insupportable pour des motifs contradictoires. C’est mon strict devoir de le faire ; un devoir qui n’est pas seulement le mien, certainement, mais qui domine et occupe toutes mes pensées. J’ajoute que cela ne me coûte aucun effort d’y satisfaire, bien au contraire. Après deux années pendant lesquelles toutes mes pensées politiques, comme les vôtres, tous mes sentiments de républicain, comme les vôtres, et mes espoirs de patriote, comme les vôtres également, se sont vu piétinés et déchirés par une entreprise atroce, je ne vais pas me transformer en ce que je n’ai jamais été, en un chef de bande obtus, fanatique et brutal. Il revient aux gouvernements de conduire la politique, de conduire la guerre. Ces gouvernements se constituent, restent en place ou tombent selon les aléas de leur chance ou de leur popularité, tels que les apprécient les organes responsables devant lesquels ils se présentent et par lesquels s’exprime l’opinion publique. En venant parler de la politique et de la guerre, du point de vue que j’ai indiqué et que j’ai l’obligation d’avoir, je me suis toujours efforcé d’affirmer des vérités qui étaient déjà telles avant la guerre, qui le sont aujourd’hui, comme elles continueront à l’être demain. Ces vérités, nous les avons certainement tous découvertes, chacun à notre manière. Les uns les ont découvertes par le pur raisonnement, les autres par les coups implacables de l’expérience. Ce qui importe, c’est d’avoir raison et, presque autant, en la faisant sienne, de savoir défendre la raison, car ce serait bien triste qu’en ayant (...)


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