Arkheia, revue d'histoire

Le partage des milliards de la résistance de Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange

Par par Bernard H. Lefevre
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Article publié dans
Critiques de livres

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Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange ne sont pas des inconnus dans le monde de la littérature régionale du Périgord ayant trait à l’histoire contemporaine ; pour preuve, leur précédent ouvrage, L’épuration en Dordogne selon Doublemètre, paru en juillet 2002. Dans Le partage des milliards de la Résistance, les auteurs ont appliqué la même méthode et le même style d’investigation, s’appuyant sur une abondante documentation, illustrant leur propos de témoignages nouveaux, d’extraits d’archives encore inexploitées et de révélations pertinentes. Tous ceux qui se sont penchés sur l’histoire troublée et parfois terrifiante de la période de la Libération, avant, pendant et après, ne manqueront pas d’observer l’originalité de l’approche choisie par les auteurs qui se situent du point de vue du « nerf de la guerre ». À Louis XII qui lui demandait ce qu’il fallait pour faire la guerre avec succès, le Maréchal Trivulce (1441-1518) répondait : « Trois choses sont absolument nécessaires, premièrement de l’argent, secondement de l’argent, troisièmement de l’argent ». Les auteurs, dépassant l’évènement local, tentent d’appréhender le processus global dans sa dimension nationale. Cette grille de lecture permet de passer en revue les différents réseaux, mouvements ou regroupements des forces, leurs interactions, leurs rivalités… et ainsi de reconstituer le puzzle à partir des différentes délégations de crédits ou de subventions plus ou moins occultes, plus ou moins justifiées. Suivant le fil rouge qui guide leur recherche, Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange cheminent à travers la chronologie des faits appuyés de témoignages oraux, d’états de sommes versées ou restituées, d’extraits de notes rédigées par les autorités, et parviennent à démêler l’écheveau des liens parfois équivoques unissant les acteurs des différents groupements alliés ou rivaux de la Résistance. Cette démarche révèle aussi combien le pouvoir central ou local, malgré les pressions et exhortations, aura de difficulté à faire la lumière sur la destination des sommes perçues justifiées, reversées, « empruntées » ou réellement détournées. Elle met en évidence les hésitations, l’embarras et l’impuissance d’une administration et d’une justice pusillanimes. La meilleure illustration de cet état de fait est la relation détaillée de l’action opiniâtre du député Pierre de Léotard, dont l’acharnement durant des années de lutte n’aboutira qu’à des réponses sibyllines de la part d’un ministre des finances soucieux avant tout d’apaiser les polémiques. A la comptabilité des morts, des blessés et des exactions qui a inspiré, au nom du devoir de mémoire, de nombreux écrits, J.J. Gillot et J. Lagrange substituent une comptabilité plus « distanciée », celle des sommes confisquées, détournées ou restituées, elles aussi (...)

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