Arkheia, revue d'histoire

Le temps des Croix-de-Feu

Par Guillaume Gros
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Article publié dans
Arkheia 20
Auteur : Guillaume Gros est professeur d’histoire et de géographie, à Toulouse, auteur d’une thèse sur Philippe Ariès et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...)  Croix-de-Feu sur les 12 000 à 15 000 membres revendiqués pour Paris et sa banlieue. Dans la soirée, alors que les affrontements deviennent violents et qu’une partie des manifestants s’engagent vers la Chambre des députés, La Rocque, qui suit de très près les événements, donne l’ ordre à ses troupes bien organisées et bien encadrées de se disloquer. Ce choix lui fut durement reproché par les chefs des autres ligues présentes ce jour-là d’autant que certaines payèrent un lourd tribut quand les gardes mobiles reprirent le dessus : 15 morts dont 14 parmi les manifestants et autour de 1 400 blessés se répartissant entre manifestants et forces de l’ordre. Le colonel de La Rocque devint le bouc émissaire de l’Action française et ses Croix-de-Feu, rebaptisés « froides queues » furent accusés de lâcheté pour avoir laissé passer « l’heure H » , le fameux coup d’État contre la République dont rêvaient les plus virulent. Et pourtant , dès le 7 février au matin , comme le montre la Une du Populaire « Le coup de force fasciste a échoué », les Croix-de-Feu étaient logés à la même enseigne que les autres ligues. Mieux , en raison de leur importance numérique (alors près de 100 000 militants pour l’ensemble de la France , un chiffre qui n ’eut alors de cesse d’augmenter) , ils incarnèrent pour les forces de gauche un avatar du fascisme, lequel devait susciter un front commun qui fut le Front Populaire. Comment peut-on expliquer cet engouement pour les Croix-de-Feu devenus au moment de leur dissolution, en 1936, une véritable organisation de masse rassemblant autour de 500 000 adhérents ? Comme l’indique leur nom, les Croix-de-Feu puisent leur raison d’être dans la Première Guerre mondiale. Evoquant ses conséquences, dans Le Passé d’une illusion l’historien François Furet rappelle à juste titre : « À ceux qui ont survécu, elle a laissé des souvenirs inoubliables, destinés à hanter leur activité de citoyens dans les années qui allaient suivre. »

Créée le 26 janvier 1927 par un mémorialiste de la Grande Guerre Maurice Hanot dit d’Hartoy, l’association des Croix-de-Feu et Briscards est à l’origine une association « des combattants de l’avant et des blessés de guerre cités pour action d’éclat ». Les Croix-de-Feu n’ont pas, bien entendu, le monopole des anciens combattants. À la fin des années vingt, l’Union fédérale, de tendance radicale-socialiste, compte autour de 900 000 membres et l’Union nationale des combattants, plus de 850 000 membres. Parmi les autres ligues apparues au moment de l’élection du Cartel des Gauches, en 1924, comme la Fédération nationale catholique du général de Castelnau et le Faisceau de Georges Valois, les Jeunesses Patriotes du député Pierre Taittinger se distinguent en réservant aux seuls anciens combattants les fonctions de membres du Comité directeur de la ligue. L’idée alors (...)



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