Cette catastrophe qui ravagea le grand sud du pays, depuis le Lot et Garonne jusqu’à l’Hérault, fut - on ne le sait que trop dans la région - remarquable par l’ampleur des dégâts occasionnés. La France entière, au lendemain de la nuit meurtrière du 4 au 5 mars 1930, est sous le choc. Le dimanche 9 mars est même proclamé journée de deuil national en souvenir des nombreuses victimes des inondations. C’est dans cette atmosphère de tragédie à grande échelle que se prévoit, de toute urgence, le déplacement du président sur les lieux les plus touchés du cataclysme. La dimension du drame et l’émotion occasionnée exigeaient en effet la venue du premier magistrat, traditionnellement et symboliquement responsable du bien-être matériel et moral des citoyens, en vertu de cette dimension intrinsèque et irréductible du rôle de chef de l’Etat, qui, tous régimes confondus, de la monarchie thaumaturge à la Ve République, préside notamment aux visites d’hôpitaux et autres centres de soins et de secours. Mais la situation devait également entraîner la présence d’André Tardieu, président du Conseil et chargé, en tant que tel, des mesures techniques et financières à prendre pour la restauration matérielle et concrète des départements sinistrés. Cette visite des deux hommes d’Etat était donc justifiée voire attendue, d’un point de vue autant moral que technique. Ce voyage de Gaston Doumergue dans le Sud correspond, du reste, au paradigme de ce que nous avons appelé, dans notre typologie des visites présidentielles, le voyage de circonstance. Comparativement aux autres déplacements du chef de l’Etat en France, ces derniers - provoqués des événements d’ordre imprévu - sont en effet et pour ainsi dire plus “ improvisés “. Au lieu des six mois habituels, les services du Protocole et de la Sûreté Nationale ne disposent alors que de quelques jours de préparatifs, ce qui donne à ces voyages d’urgence un caractère effectivement moins figé, moins arrêté. Ces cas extrêmes ont pour effet, par ailleurs, de nous priver de la documentation traditionnellement riche des services organisateurs, faute d’une préparation minutieuse et minutée du déplacement présidentiel. L’étude du long périple des deux hommes d’Etat, partis pour le Sud, dés l’amorce de la descente des eaux, nous a de ce fait été rendue difficile. Nous nous sommes donc principalement aidés d’articles de journaux, rédigés, sur place ou depuis Paris, à l’occasion de cette visite officielle de réparation et de consolation. Or, (...)