Arkheia, revue d'histoire

Les enjeux de l’histoire culturelle de Philippe Poirrier

Par Guillaume Gros
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Article publié dans
Critiques de livres

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Depuis une trentaine d’années, l’histoire culturelle tend à s’imposer comme une nouvelle lecture de notre passé. Une discipline à part entière, qui a ses maîtres, ses relais institutionnels au sein de l’université ou de l’édition, ses références, et qui investit de nombreux territoires. L’ouvrage de Philippe Poirrier, maître de conférence à l’université de Bourgogne, spécialiste de l’histoire des politiques culturelles ( voir par exemple L’État et la culture en France au XX e siècle, 2000 ) n’est pas un livre programme mais plutôt un état des lieux de la très vaste production autour de l’histoire culturelle en France. Organisé en trois parties avec une table des matières très précise, un index fourni et une riche bibliographie ( plus de trente pages ), le livre de Philippe Poirier peut être consulté comme un manuel ou un dictionnaire. La première partie, de loin la plus cohérente, qui constitue en soi un essai à l’intérieur du livre, retrace les conditions d’émergence de la notion d’histoire culturelle dont la généalogie n’est pas celle d’une seule famille mais s’est constituée au contact notamment de l’histoire sociale et de l’histoire des mentalités. Une place très importante est accordée au moderniste Roger Chartier (chap . 3) qui joua un rôle pionnier en tant qu’historien du livre contribuant à défricher les phénomènes de médiation, de circulation et de réception des biens et des objets culturels. L’attention portée aux représentations, aux mentalités et aux pratiques culturelles trouve, d’un point de vue épistémologique, un terrain fertile avec la période révolutionnaire (chap. 4 ) redécouverte dans cette optique, à partir des années soixante dix, comme en témoigne Les Origines culturelles de la Révolution française (1990 ) de Roger Chartier. Les deux autres parties de l’ouvrage de Philippe Poirrier relèvent davantage de l’inventaire. La deuxième est ainsi centrée sur « les territoires de l’histoire culturelle » qui peuvent être appréhendés comme autant de mises au point historiographique sur des sujets aussi variés que les institutions et les politiques culturelles, les intellectuels, le cinéma, les médias et la culture de masse, les sensibilités et d’autres sujets. La dernière partie examine les « enjeux » – qui recoupent souvent les territoires – d’une histoire culturelle, autrement dit son positionnement – épistémologique et institutionnel – par rapport aux autres disciplines de l’histoire. L’ouvrage de Philippe Poirrier est précieux car il permet véritablement de mieux se repérer dans une production abondante en proposant des classifications. Il insiste bien également sur les nombreuses dettes de cette histoire culturelle à l’égard des autres disciplines de l’histoire et des sciences humaines en général. Manque peut - être une analyse, plus approfondie, sur les raisons (...)

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