Arkheia, revue d'histoire

Les mineurs poursuivis pour collaboration à la Libération : victimes ou coupables ?

Par Jean-Pierre Koscielniak
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Article publié dans
Arkheia n°22
Auteur : est professeur d’histoire à Agen, auteur de Collaboration et épuration en Lot-et-Garonne (Éditions d’Albret, 2003).

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En exclusivité avant sa publication dans notre prochain numéro, nous vous proposons des extraits de l’article de l’historien agenais Jean-Pierre Koscielniak qui étudie le cas des jeunes lot-et-garonnais enrôlés de gré ou de force dans les organisations de la Collaboration. Un sujet peu étudié qui revient sur bien des idées reçues.

L’extrême jeunesse de la plupart des combattants de la Résistance n’est plus à démontrer. Si certains jeunes gens ont résisté, d’autres ont été aspirés vers des formes actives de collaboration avec l’occupant. Ces mineurs se sont retrouvés devant les tribunaux à la Libération. Les dossiers judiciaires disponibles en Lot-et-Garonne nous révèlent une réalité complexe qui permet de mieux appréhender leur choix.

Que représentent les faits de collaboration des mineurs en Lot-et-Garonne ? Parmi les dossiers instruits, 10,2 % d’entre eux concernent des mineurs au moment du premier – et parfois unique – acte de collaboration reproché, soit au total 99 cas. Bien qu’aucune étude spécifique de cette tranche d’âges n’ait été menée dans d’autres départements français, la proportion semble identique à celle observée dans les Pyrénées-Orientales . Qui sont ces mineurs ? Il s’agit essentiellement de jeunes hommes (72 contre 27 femmes), dont l’âge oscille entre majorité civile (qui est alors à 21 ans) et majorité nubile (18 ans pour les garçons) : 29 sont nés en 1924 (ils ont donc 20 ans en 1944), 30 en 1925 (19 ans) et 17 en 1926 (18 ans). Enfin, 13 ont vu le jour en 1927. Le plus jeune est né en 1930. Il a 14 ans en 1944. Que leur reproche-t-on ? Outre l’adhésion à la Milice (57,5 %), ils sont poursuivis pour dénonciation (15,1 %) et pour relations avec l’occupant et ses supplétifs (11,1 %). Puis viennent les adhésions à un parti collaborationniste (7 %), l’engagement dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (4 %) ou dans l’armée allemande (Waffen SS ou NSKK, soit 2 %). Enfin, deux autres jeunes ont appartenu au Service d’ordre légionnaire (SOL) sans passer par la Milice, tandis qu’un autre assuma la fonction d’agent appointé du Sipo-SD agenais.

Une jeunesse très convoitée

Au-delà des chiffres émerge une première réalité : l’âge de majorité civile ne constitue nullement pour les mineurs un « plancher » protecteur. Ainsi, le SOL est ouvert dès l’âge de 20 ans (pour ceux appartenant aux Volontaires de la Révolution nationale) et la LVF, sur présentation d’une autorisation paternelle, dès 18 ans (pour les soldats et les sous-officiers). Le même âge minimal est requis pour intégrer la Franc-Garde de la Milice . Cependant, confrontée à la raréfaction des adhésions, aux nombreuses démissions et au besoin urgent d’étoffer ses rangs, le mouvement s’affranchit bien vite du règlement pour accepter toute personne se présentant, et ce, quel que soit son (...)


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