Arkheia, revue d'histoire

Les réfugiés politiques allemands dans le Sud-Ouest de la France pendant la Seconde Guerre mondiale

Par Annette Röser
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Annette Röser est docteur en histoire (Karlsruhe).

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Le sud-ouest de la France aura hébergé, entre 1940 et 1945, légalement ou clandestinement, un grand nombre d’émigrés allemands et ce pour trois raisons. Sans doute d’abord parce que la région de Toulouse a toujours été ouverte aux plus diverses immigrations. Ensuite parce que la plupart des Allemands se trouvent dans des « camps d’internement et de prestation » dont la densité est ici la plus forte de France. Enfin, parce les organisations politiques allemandes antinazies s’y reformèrent clandestinement après la défaite française de 1940.

L’histoire des internements commence à Paris, en 1939, là où se trouve le plus grand nombre de réfugiés politiques allemands... Avec la déclaration de guerre, le gouvernement français fait interner tous les ressortissants du pays ennemi dont, paradoxalement, les réfugiés allemands, déjà persécutés par l’Allemagne nazie. Dans les mois qui suivent, un tri s’opère. Les individus « dangereux pour la sécurité nationale » sont transportés dans des camps d’internement du sud, par exemple au Vernet-d’Ariège. Quelques-uns s’enrôlent dans la Légion étrangère. La plupart d’entre eux deviennent en 1940 des « prestataires », c’est-à-dire des soldats ouvriers, incorporés dans des Compagnies de travailleurs étrangers (CTE). Au début du printemps 1940, faute de belligérance ouverte, un grand nombre d’Allemands sont relâchés. Tout change avec l’entrée de l’armée hitlérienne en France ! Les internements des Allemands reprennent, incluant cette fois-ci celui des femmes. Ceux qui peuvent échapper à ces mesures fuient l’avance de l’armée allemande aux côtés de la population française. Le Parti communiste allemand donne pour consigne de se rassembler à Toulouse, le Parti social-démocrate allemand doit se recomposer à Agen, les syndicalistes à Limoges. Une grande partie des fuyards parvient jusqu’aux départements de la Haute-Garonne et du Gers où ils sont d’abord assignés à domicile. La majorité des Allemands de sexe masculin sont bientôt internés, soit dans des camps d’internement, soit dans des camps de travailleurs étrangers. Un petit nombre de nationaux-socialistes allemands se trouvent par erreur dans des camps et ils sont bien sûr relâchés... Tandis que les mesures d’internement de l’automne 1939, avaient été prises au nom de la sûreté nationale en temps de guerre, les actes d’internement de Vichy visent des « ennemis de l’Etat français ». Ennemis parce qu’ils ne sont pas d’accord avec le gouvernement de Vichy et qu’ils sont jugés responsables des malheurs de la France : communistes, socialistes, militants syndicaux, étrangers, juifs et nomades. Quant à ceux qui sont communistes, juifs et étrangers…

La situation des Allemands dans les camps

Les Allemands internés risquent en premier lieu d’être livrés à l’Allemagne. La commission d’armistice allemande (...)


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