Arkheia, revue d'histoire

Les sœurs Privat, deux Justes à Orthez

Par Virginie Picaut
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : Virginie Picaut est l’auteur de « Justes, la conscience et le courage » (préface de Lucien Lazare), éditions Ensemble pour la Paix, 2010.

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En 1938, Jeanne Privat (1865-1945) rejoint sa sœur cadette Caroline (1875-1955) à Orthez (1). Elles sont toutes les deux admises à l’Asile protestant, centre d’accueil pour vieillards. Membres d’une association protestante qui travaille étroitement avec une œuvre de secours juive (2), elles prennent en charge le placement de certains enfants juifs dans la région d’Orthez. Elles choisissent des familles d’accueil dans le canton en fonction des contacts dont elles disposent. Caroline part ensuite chercher les enfants à Paris, puis les deux sœurs les conduisent dans les familles choisies. Jeanne et Caroline rendent visite aux enfants régulièrement et s’assurent de leurs bonnes conditions de vie. Chaque mois, elles versent à la famille d’accueil une contribution financière grâce aux fonds recueillis auprès de l’Asile protestant et au sein de la communauté protestante. Caroline mobilise l’Église évangélique libre dont elle fait partie et l’Église réformée qu’elle fréquente à l’Asile protestant. A Sainte-Suzanne, elles bénéficient de l’aide du curé, l’abbé Laprade et de sa gouvernante, du maire Jean-Baptiste Forsans et de l’instituteur, en sa qualité de secrétaire de mairie, pour faire les faux papiers, si nécessaire, et pour l’attribution des cartes d’alimentation. Il se charge également de scolariser les enfants.

En 1942, elles prennent en charge Roger, Raymonde, Simon et Jacques Livermann, âgés respectivement de huit, six, quatre et deux ans. Leur mère, cachée à Paris, décide de les placer à la suite des grandes rafles survenues dans la capitale. Roger est placé dans une famille à Biron. Raymonde, Simon et Jacques sont emmenés par les sœurs dans une ferme orthézienne, chez Marthe et Prosper Lassoureille, la sœur et le beau-frère de Jeanne et Caroline, de confession catholique. Ils ont une fille, Lucie, âgée de dix-huit ans. Marthe est nourrice. Elle a l’habitude d’accueillir les enfants venus de l’orphelinat d’Orthez. Prosper et Lucie travaillent en ville. Ils vont héberger, nourrir et protéger les enfants jusqu’à la Libération. Les demoiselles Privat viennent régulièrement leur rendre visite et rémunèrent la famille chaque mois afin qu’elle ne manque de rien pour assurer la protection des enfants.

A la fin de la guerre, Jeanne et Caroline reviennent chercher les enfants et les conduisent jusqu’à Toulouse dans un centre de regroupement d’enfants juifs en compagnie d’autres enfants juifs cachés dans la région d’Orthez. Elles les amènent ensuite jusqu’à Rueil-Malmaison dans une maison de l’œuvre de protection des enfants juifs (OPEJ). Les enfants Livermann quittent l’OPEJ en 1947. Leur père avait été arrêté et transféré à Drancy en 1941 puis déporté à Dachau et à Auschwitz. Rescapé des camps mais atteint d’une tuberculose, il mit deux ans à s’en remettre avant de pouvoir (...)


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