Arkheia, revue d'histoire

Les sœurs Privat, deux Justes à Orthez

Par Virginie Picaut
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : Virginie Picaut est l’auteur de « Justes, la conscience et le courage » (préface de Lucien Lazare), éditions Ensemble pour la Paix, 2010.

(...) récupérer ses enfants. Au vu des informations recueillies, l’hypothèse d’un réseau de sauvetage semble se dessiner. Sous couvert de l’Asile protestant où elles vivent, avec l’aide de la communauté protestante et du réseau de contacts dont elles disposent dans la région d’Orthez, les sœurs Privat utilisent la tradition d’accueil des petits Parisiens dans les fermes alentours pour cacher des enfants juifs pendant la guerre. Inévitablement, elles ont des contacts à Paris : œuvres de secours ou organisations humanitaires au courant de la situation de certains enfants. Elles prennent ensuite la responsabilité de les récupérer et de les amener jusqu’à Orthez. Dans certains cas, elles confient l’acheminement des enfants à quelqu’un de confiance comme ce fut le cas pour les enfants Intrator en 1942. Les petits Parisiens sont ensuite conduits dans des familles d’accueil préalablement choisies. Elles veillent à leur bon traitement et indemnisent la famille chaque mois. Certaines familles ignorent le danger réel que courent ces enfants et lorsqu’elles l’apprennent, elles continuent pourtant à les protéger. A la fin de la guerre, les sœurs Privat s’occupent de ramener les enfants dans un centre de placement parisien afin qu’ils puissent retrouver leurs familles ou des proches, survivants des camps.

Raymonde a correspondu avec Caroline jusqu’à sa mort. En 1997, les enfants Livermann entament les démarches auprès de Yad Vashem pour décerner la médaille de Juste parmi les Nations à la famille Lassoureille. Dans leurs témoignages, ils demandent à ce que les sœurs Privat soient également honorées à titre posthume. Raymonde écrit au maire d’Orthez en lui expliquant l’hommage qu’elle voudrait rendre aux sœurs Privat et à la famille Lassoureille ainsi qu’aux habitants d’Orthez, complices de leurs actions et à la ville pour les avoir sauvés. Ce sera chose faite à Orthez en 1998. N’ayant aucun descendant direct, la médaille et le diplôme d’honneur sont conservés à la mairie d’Orthez. Hormis cette hypothèse de réseau, Orthez et sa région a l’habitude d’accueillir des petits Parisiens puisqu’il existe une antenne de l’Office de placement de la Seine. Durant cette période, la gare d’Orthez, située en zone occupée, constitue un point ferroviaire stratégique entre Pau et Bayonne pour l’occupant. Les contrôles sont constants. Depuis Paris, les enfants arrivent le plus souvent en train malgré les dangers inévitables. Puis, ils sont conduits à l’Office de placement. Ensuite, les assistantes sociales les amènent dans les familles d’accueil ou bien celles-ci viennent les chercher. C’est par le biais de l’Office de placement que les enfants Freiss sont arrivés jusqu’à Orthez en 1939. Finalement, aucune différence n’a été faite lorsqu’il a fallu accueillir des enfants juifs. Ils ont gardé leur statut d’enfant sans que leur (...)



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