Arkheia, revue d'histoire

Les volontaires hongrois des brigades internationales dans les camps d’internement français

Par Eszter Balázs
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Eszter Balázs, historienne hongroise, doctorante à l’université de Budapest, spécialiste du Parti communiste hongrois.

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Une des questions des enquêteurs adressées à László Rajk lors don son procès en 1949 (le premier grand procès monté qui donna suite aux “purges“ dans les démocraties populaires) porte sur son “ passé espagnol“ et son internement en France. Ces deux étapes de sa trajectoire, mentionnées non seulement dans les procès-verbaux, mais également dans le verdict, seront pourtant passées sous silence pour de longues décennies aussi bien en Hongrie qu’en France, mais pour des raisons différentes. Les cadres communistes ayant eu des itinéraires trop “internationaux“ (particulièrement les activités tenues en Europe de l’Ouest) seront tabou en Hongrie pendant toute l’ère Ràkosi. Aussi, seront réduits au silence les cadres de passé “ international “ dans les autres démocraties populaires, tout comme, les années passées en Espagne deviendront un sujet délicat dans les partis communistes d’Europe de l’Ouest. Il fallait attendre la mort de Staline en 1953 pour que la guerre d’Espagne et avec elle, l’internement de nombreux volontaires des Brigades internationales puissent apparaître progressivement dans l’opinion publique. Dans la Hongrie communiste, c’est après le dégel suivant la Révolution de 1956 que les mémoires relatives à ces événements commencent à paraître. De plus, à partir des années 1970, le vécu des anciens volontaires devenaient littéralement un moyen de légitimation : la représentation de l’internement qu’on rencontre dans ces mémoires se transforme car, au contraire de l’étape à cacher, elle devient une des souffrances peuplant l’itinéraire communiste. Évidemment une telle réhabilitation de l’internement français en Hongrie était partielle, car elle ne mettait en lumière que les cadres communistes et non l’ensemble des internés d’origine hongroise, et, d’autre part, elle n’a jamais été l’objet d’une analyse scientifique. Pourtant, entre autres, c’est justement la logique spécifique aux procès fabriqués qui attire l’attention à la nécessité d’une approche scientifique, car le procès Rajk a indirectement souligné l’importance des relations entre la guerre d’Espagne, l’internement en France et les démocraties populaires surgies après la Deuxieme guerre mondiale. Les Brigades internationales, combattant aux côtés des républicains et, en même temps, faisant pression politique sur eux, déjà avant l’accord de Munich ont été dissolues sur l’ordre du Komintern et du gouvernement républicain espagnol. Pendant que la majorité de leurs compagnons ont pu quitter l’Espagne, le dernier contingent de l’armée internationale, composé essentiellement de volontaires d’origine d’Europe de l’Est - entre-temps encore plus réduit à cause de la bataille de l’Ebro - a été arrêté et interné par les autorités françaises dès son arrivée. Tout comme les soldats républicains réfugiès en France, ils avaient (...)

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