Arkheia, revue d'histoire

Louis CHEVALIER, Classes laborieuses et classes dangereuses. A pendant la première moitié du XIXe siècle

Par Guillaume Gros
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13

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L’apparition et la prolifération des prolétaires dans un contexte de croissance démographique de la capitale au cours de la première moitié du XIXe siècle ont profondément transformé le Paris d’avant d’Haussman. Sur fonds de révolution industrielle, Paris doit intégrer dans un laps de temps très court des vagues successives d’immigrés : la ville ne parvient pas à adapter ses cadres matériels pour une population qui en proie au désespoir, à la maladie, à l’épidémie, à la misère, au suicide se voit reléguée hors de la cité historique. Louis Chevalier, dans ce que l’on peut considérer comme un classique de l’histoire démographique et sociale, Classes laborieuses et classes dangereuses (Perrin, 2002, réédition) publié une première fois en 1958, chez Plon, dans une collection que dirigeait alors un quasi inconnu Philippe Ariès « Civilisations d’hier et d’aujourd’hui » (réédité par le même Ariès avec Robert Mandrou dans la collection « Civilisations et mentalités », en 1969) s’est attaché à décrire ce Paris qui tourne le dos à celui de l’Ancien Régime ainsi que sa population déshéritée. A partir d’une masse documentaire énorme qui avait été jusqu’alors ignorée, l’historien utilise toute la littérature de l’époque, des plus célèbres romans ou des plus importantes analyses philosophiques et sociales aux plus insignifiantes brochures afin de montrer la place prise par le crime et la peur qu’il suscite : « Le crime est l’un des thèmes principaux de tout ce qui a été écrit à Paris et au sujet de Paris, des dernières années de la Restauration à ces premières années du Second Empire (…) ». Les récits issus de l’imagination de Balzac, Hugo, ou encore Eugène Sue ne sont pas seulement l’expression d’une mode littéraire mais le reflet d’une réalité. Le crime est pour, Louis Chevalier, « expression d’un état pathologique ». Passionné par la démographie, l’historien qui fut un collaborateur de l’Institut national démographique, combine ses sources littéraires avec une analyse très fine des comportements démographiques de ces nouveaux parisiens s’intéressant ainsi aux conditions d’installation des ouvriers, aux insuffisances de l’équipement urbain comme l’eau ou les égouts Il met ainsi en évidence l’attitude de ce milieu social au contact de la maladie par rapport à la mort, une mort, écrit-il, qui « résume la vie ». Cette étude très nourrie des classes dangereuses conduit l’auteur à en définir les caractères originaux : « Il ne s’agit plus de décrire les fondements économiques et sociaux de l’évolution des populations, mais les fondements biologiques de l’histoire sociale . » En pleine période de triomphe d’une histoire influencée par le marxisme, l’auteur cherchait une autre voie, fut-elle complémentaire, pour au-delà de l’histoire économique, se rapprocher d’une (...)

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