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Mai 68 dans la cité de Cohn-Bendit

Par Max Lagarrigue
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Auteur : Historien et journaliste à La Dépêche du Midi, il est directeur-fondateur de la revue Arkheia et auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007).

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Avec trois jours d’avance sur l’appel à la grève nationale et deux seulement après les premiers heurts du Quartier latin, en ce 10 mai 1968, ce ne sont pas moins de « 3 000 lycéens » montalbanais, titre « La Dépêche du Midi », qui parviennent à paralyser la cité natale du leader de « 68 », Daniel Cohn-Bendit. Et si cette filiation peu connue des soixante-huitards de l’époque n’est pour rien dans la précocité du mouvement de la jeunesse montalbanaise, la cité d’Ingres connaît, comme de nombreuses villes moyennes de province, un long mois d’agitation.

« Du boulot ! », « Des débouchés », « Des facs pour tous ! »… Les slogans du cortège lycéens montalbanais qui s’ébranlent de la place Prax-Paris, en ce 10 mai, en direction de la préfecture, ne sont guère révolutionnaires. Les étudiants anti-CPE de 2006 y retrouveront, sans doute, quelques échos à leurs propres revendications. « Tout a commencé du lycée de garçons d’Ingres où, le matin du 10 mai, les pensionnaires avaient prémédité, la veille, de boucler l’établissement », se souvient Jean-Paul Damaggio qui avait 17 ans en « 68 ». « Des piquets de grève en empêchaient l’entrée et, spontanément, nous sommes partis débaucher les filles juste à côté, au lycée Michelet. » Et si l’enrôlement y fut plus difficile, les « responsables de l’établissement ne les laissant sortir qu’au compte-gouttes », à La Fobio, c’est la presque totalité du lycée technique qui rejoint ce cortège totalement spontané. « Il faut dire, témoigne le même Jean-Paul Damaggio, que si ce sont les lycéens qui ont lancé le mouvement à Montauban, ce sont surtout les pions, d’Ingres notamment, qui étaient tous étudiants dans les facs de Toulouse qui ont été les meneurs et les instigateurs du « 68 » montalbanais. » Parmi eux, Daniel Ocio, surveillant à Ingres, qui en fut l’un des principaux protagonistes. Des leaders, se souvient Jean-Paul, qui n’étaient pas prêt à concilier leur action avec les partis politiques. « Aux parapluies Ligou où devaient se tenir des allocutions, je me souviens que le PCF avait tenté au même moment de distribuer des tracts pour gagner les lycéens. Ce fut un fiasco. Les organisateurs étudiants de la manif refusant cette récupération, se sont aussitôt emparés des tracts et les ont brûlés. »

Un état d’esprit qui, sans doute, expliquera pour partie le retard de l’engagement des organisations syndicales traditionnelles du mouvement ouvrier qui ne se mobilisent finalement que dans les dernières semaines de mai. Pendant ce temps, les lycéens organisent moult assemblées générales et ateliers de discussions à l’intérieur des établissements.

À Michelet, on parle beaucoup de liberté, qu’elle soit d’expression ou pédagogique, les lycéens revendiquent moins de discipline et la possibilité d’avoir plus d’autonomie… D’autres souhaitent des cours d’éducation (...)


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