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Mai 68 dans la cité de Cohn-Bendit

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Suppléments
Auteur : Historien et journaliste à La Dépêche du Midi, il est directeur-fondateur de la revue Arkheia et auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007).

(...) tache d’huile dans les rangs des salariés des entreprises privées. Une mobilisation qui dépasse les clivages corporatistes, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Ainsi se joignent aux fonctionnaires, les salariés de chez Capelle, de Bouyer, de Delmas ou encore d’Arakélian.

Plus que le nombre de manifestants mobilisés dans ce mouvement et la durée des piquets de grève qui ne dépassent guère la dizaine de jours dans le privé, c’est l’esprit de « 68 » qui a profondément bouleversé tant les salariés qu’ensuite l’organisation au sein des entreprises. En atteste ce témoignage livré par une ancienne syndicaliste montalbanaise qui se rappelle, avec une collègue, avoir voulu marquer les esprits à la fois machistes et plein d’autoritarisme de sa direction. « Au début de la grève, on avait décidé de choquer les mentalités, surtout celle du patron. Pour ce faire, nous nous sommes présentées dans l’entreprise vêtues d’un pantalon et une cigarette à la bouche. » Une posture qui ne choque guère nos sensibilités en 2008 mais qui ne passe pas inaperçue dans la France de « tante Yvonne et du père De Gaulle ». « C’est vrai, confirme Georges Olivet, que si je n’étais pas content, je pouvais donner ma dem’ et le jour même, je trouvais un autre boulot. » Une flexibilité du travail qui toutefois était en train de s’inverser en mai 1968 où Montauban recense un record inégalé de 850 chômeurs durant ce crépuscule des Trente Glorieuses. « Cette année 68, confirme Jean-Paul Damaggio, c’est une charnière entre deux mondes : celui des entreprises familiales qui ont souvent une gestion paternaliste de leurs salariés et le monde des grands groupes qui est en train de se structurer et d’avaler le marché. »

LES POUBELLES AU TARN

Et si les Montalbanais grévistes n’ont pas la perception de ces changements structurels de l’économie, ils se rendent bien compte qu’ils sont en position de force. « Quand on a cadenassé les portes de l’hôpital, le 22 mai, en bloquant ainsi tous les services, je puis vous assurer que l’événement n’est pas passé inaperçu », se souvient François Saldana, alors infirmier, qui témoigne aussi d’avoir « empêché le jour même des responsables de passer le mur d’enceinte à l’aide d’une échelle ! »

Dans le même temps, les « poubelles s’amoncelent dans les rues et pas mal de Montalbanais vont sur le bord du Tarn pour s’en débarrasser. » À la maison du peuple, même si l’unité syndicale n’est pas de mise entre la CGT et FO, les réunions s’enchaînent pour organiser le soutien aux grévistes. « Des tensions issues de la scission syndicale de 1947 et qui ne s’apaiseront, atteste Michel Coulom, l’actuel patron départemental de FO, que durant les grèves de 1995 ! » Et chaque soir, avant d’entamer une nouvelle journée de mobilisation, « nous nous retrouvions pour refaire le monde chez René, le café en face rue Michelet », indique Pierre Meda.

Pas non (...)



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